Le 7 août à l'espace Soubeyran du Crest Jazz festival
Après le concert Blue Maqam de Renaud Garcia-Fons, la soirée se
poursuit à l’Espace Soubeyran avec un souffle tout aussi oriental.
C’est à présent le quartet d’Emile Parisien avec le projet
Floating. Cette fois-ci le souffle se fait brise, le flottement
évoqué plane dans l’atmosphère comme une fragrance exotique.
Le saxophoniste
semble produire comme des lamentations de son soprano. Tandis que
Yaron Herman au piano suit la mélodie avec un touché délicat dans
les aigus. Le pianiste n’a pas un jeu percussif, sa finesse lui
permet d’être plus près de la mélodie que du rythme. A la
contrebasse Florent Nisse ajoute sa mélodie à celle du piano pour
qu’elles s’entremêlent. Son instrument généralement dans le
registre de la section rythmique est là aussi dans celui de la
mélodie et de la fluidité. Seul Prabhu Edouard avec ses percussions
indiennes rythme les échanges de ce soir. Il est le seul à
structurer rythmiquement ce flottement proposé par le projet de la
formation.
Les quatre
instrumentistes ont tous une place importante dans l’interprétation.
Leurs sonorités s’articulent et s’entremêlent dans différentes
configurations. Ils prennent tour à tour les introductions des
morceaux pour en faire une longue improvisation et une mélodie qui
s’apparente à un discours. Souvent ils sont suivis par un
instrument qui reprend le thème pour développer un nouveau solo.
Lorsque le pianiste, le contrebassiste et le percussionniste
entremêlent leurs mélodies cela créé un tapis de notes sur lequel
le saxophoniste peut s’envoler et flotter vers l’improvisation.
Les quatre musiciens mettent de l’intensité dans leur musique. En
faisant monter le tempo crescendo comme dans le boléro de Ravel sur
l’un des titres.
Le répertoire de la
soirée est varié. De nombreuses compositions d’Émile Parisien
sont interprétées comme 66 et Bonbon. Les compositions de Yaron
Herman sont nombreuses à être jouées également, comme Nusrat par
exemple en rappel. Pour le dernier titre, c’est une composition
hybride du saxophoniste et du pianiste qu’il ont prit l’habitude
d’interpréter en mémoire de Michel Portal. L’hommage est
émouvant. En reprise, c’est un titre d’Anouar Brahem, en
harmonie avec le répertoire du groupe.
Nous n’avons pas
l’impression qu’il y a un leader et ses partenaires dans ce
projet. Mais plutôt un équilibre entre quatre personnalités et
quatre sonorités. Les percussions indiennes de Prabhu Edouard et
l’improvisation collective rappellent l’esprit du Mahavishnu
Orchestra. Mais au-delà de cette coloration musicale les
introductions orientales et les longs solos donnent une impression de
moments suspendus. De ces moments qui nous amènent en apesanteur et
le flottement de ce projet nous guide vers un état méditatif.
JazzFrançois Viaud
Line Up : Émile Parisien
(saxophone soprano) / Yaron Herman (piano) / Florent Nisse
(contrebasse) / Prabhu Edouard (percussions).
Ici sans Florent Nisse avec Linda May Han Oh à la contrebasse
Le 7 août à l'espace Soubeyran du Crest Jazz festival
Un souffle de fraîcheur inattendu enveloppe l’Espace Soubeyran. Il
nous procure une pause dans cette période de canicule et semble
venir de la Méditerranée. L’archet du contrebassiste percute et
rebondi sur les cordes, c’est le style bien particulier de Renaud
Garcia-Fons. L’esprit de l’orient flotte sur l’Espace
Soubeyran. Puis l’archet frotté sur les cordes donne à cet Orient
un aspect mélancolique. La voix de Solea Garcia-Fons rejoint la
contrebasse avec un chant en langue Grecque. Stephan Caracci au
vibraphone et Jean-Luc Di Fraya aux percussions les accompagnent avec
un rythme doux.
Le jeu du
contrebassiste est toujours aussi varié. Les cordes sont frottées
et percutées avec l’archet ou pincées en pizzicato. La
contrebasse qui est habituellement un instrument à cordes frottées
ou pincées devient aussi un instrument à percussion. Cette variété
de jeu et de sonorités apporte beaucoup de sensations et d’émotions
de voyage dans la musique. Comme à son habitude, le contrebassiste
nous invite à un voyage dans les sonorités de la Méditerranée et
du Moyen-Orient. Il ajoute à présent la voix dans son répertoire,
et c’est sa fille qui nous conte la Méditerranée en plusieurs
langues.
La jeune chanteuse
interprète les chansons dans un tourbillon de langues
méditerranéennes. Du grec à l’espagnol en passant par l’hébreu, l’arabe et le français. Dans chacune des langues, la voix est
posée et claire, parfois sensuelle et souvent spirituelle. La
chanson en hébreux et la chanson en arabe sont enchaînées à la
suite l’une de l’autre sans coupure ; comme pour ne pas
oublier le lien de proximité que ne devrait pas éloigner les deux
peuples. Le thème est celui de la paix. Sur la dernière chanson
avant le rappel, qui est chantée en français et qui évoque
l’amour, est interprétée comme un poème.
Le percussionniste
et le vibraphoniste apporte un accompagnement raffiné. Le
percussionniste utilise délicatement ses tambours qu’il frappe
souvent avec les mailloches pour créer un son de basse. Ses
baguettes dansent sur les cymbales dont les sons métalliques se
superposent aux sons du vibraphone. Le mélange de ces sons aigus,
dialoguent et se répondent. La finesse du jeu sur les lames du
vibraphone fait penser à des gouttelettes d’eau qui perlent entre
les arpèges des cordes de la contrebasse. Le percussionniste frappe
aussi ses tambours à mains nues, ce qui donne une impression de
rythme traditionnel. Cette impression d’air traditionnel est
complétée lorsque le vibraphoniste joue du marimba.
Pour le rappel,
Renaud et Solea Garcia-Fons interprètent un morceau en
duo. Pour cette chanson émouvante, la fille chante à nouveau en
espagnol et le père rythme le thème en frottant et frappant
délicatement les cordes de son instrument. L’association originale
des instruments est rare dans un groupe. Cela enrichit les sonorités
variées et complexes. La palette des sons et des timbres permet de
mélanger les styles musicaux pour notre plus grand plaisir. L’apport
sensuel et spirituel de la voix augmente la musique de Renaud
Garcia-Fons.
JazzFrançois Viaud
Line Up : Renaud Garcia-Fons
(contrebasse)/ Solea Garcia-Fons (chant)/ Stephan Caracci
(vibraphone) / Jean-Luc Di Fraya (percussions).
Le 6 août à l'espace Soubeyran du Crest Jazz festival
C’est le concert qu’il fallait voir à Crest cet été, c’est
aussi un des concerts que les festivals devaient programmer cette
année ! Voici une nouvelle commémoration du centenaire de la
naissance de Miles Davis. En cette année 2026, les hommages sont
nombreux. Nous avons vu la tournée We Want Miles organisée par
Marcus Miller et ses coéquipiers de l’album éponyme. Voir ici. Ainsi que la célébration de la collaboration du trompettiste avec
son conscrit John Coltrane, par Terence Blanchard et Ravi Coltrane.
Voir ici . Cette fois c’est la rencontre entre le trompettiste suisse Erik
Truffaz et le saxophoniste et chanteur espagnol Antonio Lizana qui
font revivre un monument créé par le trompettiste américain et le
pianiste, arrangeur, compositeur et chef d'orchestre Gil Evans.
Sketches of Spain
est un album de Miles Davis qui a été enregistré en deux
sessions ; en novembre 1959 ainsi qu'en mars 1960. Il est sorti
en juillet 1960. C’est la quatrième collaboration avec Gil Evans
pour les arrangements après Birth of the cool, Miles Ahead et Porgy
and Bess. Vient ensuite leur dernière collaboration avec Quiet
Nights. Pour ces « esquisses d’Espagne », l’arrangeur
a aussi écrit certaines compositions en complément du Concierto
d’Aranjuez de Joaquin Rodrigo et de la Chanson du feu follet
extraite du ballet-pantomime L’Amour Sorcier de Manuel de Falla.
Pour ses compositions il s’est inspiré d’une chanson
traditionnelle de Galice (The Pan Piper-La flûte de pan), d’une
mélodie flamenco (Solea) et d’un chant religieux entonné lors des
processions de la Semaine Sainte (Saeta).
C’est Pau Figueres
qui ouvre ces New Sketches of Spain à la guitare flamenco. Le
trompettiste le rejoint sur scène avec la mélodie du Concierto
d’Aranjuez. Le morceau traditionnel prend de l’amplitude avec la
section rythmique composée de Arin Keshishi à la basse électrique,
Manuel de la Torre à la batterie et Vincent Thomas aux percussions.
La sonorité est veloutée lorsque Antonio Lizana au saxophone alto
et Renaud Gabriel Pion à la clarinette basse, rejoignent le
trompettiste sur le thème. Le classique de la musique espagnole
devient fougueux et moderne quand la danseuse flamenco, Sara Sanchez
entre en scène accompagnée par le chant flamenco d’Antonio
Lizana. Tout au long de ses interventions la danseuse dessine « ses
esquisses d’Espagne » avec ses pas de danse et ses formes de
corps. Souvent habillée de rouge elle trace avec sa gestuelle, les
feux follets mais aussi les flammes d’un brasier ardent. Avec son
chant flamenco intense et sincère, Antonio Lizana, attise ce feu
spirituel. Les timbres de la batterie et des percussions sont riches
et variés, surtout lorsque la sonorité sèche des baguettes du
batteurs se mêlent à la sonorité sourde des mailloches du
percussionniste. Leur accompagnement soutient parfaitement le solo du
saxophone alto. Le retour du thème à la guitare flamenco seule,
boucle le thème avec la mélodie de cette pièce maîtresse.
Photo: Franck Benedetto
Avec ce premier
titre nous sommes déjà projetés dans l’ambiance exubérante de
l’Espagne. Nous pouvons associer à ces esquisses musicales, les
esquisses picturales du Greco pour les scènes de la vie courante ou
celles de Picasso pour les scènes de tauromachie. Les esquisses
littéraires de Théophile Gauthier avec son Voyage en Espagne, nous
viennent également à l’esprit. Avec ses mots il peint, la
chaleur, la lumière et l’esthétique de ce pays comme un exotisme.
Toutes ces images se retrouvent dans les introductions à la
trompette ou à la guitare, dans les solos à la flûte traversière,
au saxophone alto ou à la clarinette basse. Mais aussi dans les
duos. Le son velouté et grave de la clarinette basse associé à la
finesse des aigus de la flûte traversière soutiennent à merveille
les thèmes espagnols interprétés par le trompettiste. L’esprit
flamenco est sublimé par l’association de la trompette avec la
guitare mais aussi par la complémentarité de la trompette et le
chant. Le mariage des aigus de la trompette avec le son de basse de
la clarinette donne beaucoup de profondeur aux thèmes interprétés.
Les rythmiciens sont
très présents pour fournir cette ossature rythmique qui soutient
cet édifice musical où se mêlent différents styles. Les timbres
de la batterie augmentés de ceux des percussions multiplient les
sonorités de tambours et de cymbales. Ils donnent une couleur latine
aux sonorités. Ils vont aussi permettre au bassiste d’interpréter
un solo délicat et envoûtant. Lorsque qu’elle n’est pas
flamenca la guitare entre dans les rangs de la section rythmique pour
augmenter le rythme de ses six cordes.
La fusion entre les
styles est complète ce soir. Les instruments passent par l’Espagne
traditionnelle avec son flamenco incontournable imprégné d’Orient.
Surtout avec la guitare, la trompette et les percussions, sans
oublier le chant et la danse. Le passage par le jazz est aussi
exécuté par le trompettiste lorsqu’il change de registre mais
aussi avec les solos du saxophoniste alto. Nous touchons à la
structure de la musique classiques avec les arrangements du
clarinettiste basse, surtout lorsque qu’il revient sur le thème
musical accompagné des deux autres soufflants ; la trompette et
le saxophone alto ou la flûte traversière.
Ce mélange des
styles est souvent présent. Pour Solea, la danseuse flamenco danse
sur un solo jazz de saxophone alto. Les trois cuivres et bois
interprètent le thème de manière jazz avec un trait de flamenco
souligné par la guitare. Sur l’interprétation de Saeta, l’esprit
de la procession est exprimé par le jeu de la trompette et un chant
d’inspiration orientale. Les tambours de la batterie et des
percussions martèlent le rythme de la marche. La reprise du thème
par la rondeur de la clarinette basse apporte une touche classique.
Ce concert hommage,
retranscrit bien la fusion du jazz, du classique et de la musique
traditionnelle espagnole comme l’avaient déjà réinterprété et
arrangé Miles Davis et Gil Evans. Mais il va au-delà, avec une
extension du thème de la tradition espagnole comprenant le chant et
la danse flamenco. Erik Truffaz et Antonio Lizana, les deux sorciers
de la musique, ainsi que leur magnifique formation ont convoqué la
spiritualité du jazz et du flamenco et c’est la fusion du feeling
et du duende qu’ils ont parfaitement réussi.
JazzFrançois Viaud
Line-up : Erik Truffaz
(trompette)/ Antonio Lizana (chant, saxophone alto, flûte) / Renaud
Gabriel Pion (clarinette basse, cor anglais, arrangements) / Sara
Sanchez (danse flamenco)/ Pau Figueres (guitare flamenco), Arin
Keshishi (basse électrique) / Manuel de la Torre (batterie) /
Vincent Thomas (percussions).
Le 6 août à l'espace Soubeyran du Crest Jazz festival
C’est un jazz vocal festif que nous propose Mélina Tobiana en
Quintet. On a l’impression de retrouver le festival Crest Jazz
Vocal des années 90’ et 2000. Celui qui accueillait sur la scène
de Soubeyran les grandes chanteuses de jazz ; Nina Simone,
Dianne Reeves, Diana Krall, Patricia Barber…et tant d’autres.
La chanteuse
s’appuie sur un triptyque solide pour la rythmique. Avec Edouard
Monnin au piano, Thomas Posner à la contrebasse et Clément Brajtman
à la batterie et au chant. Le pianiste propose tout aussi bien des
envolées lyriques pour prendre des solos que des accompagnements
délicats et épurés pour soutenir la voix de la chanteuse. Le
contrebassiste renforce le rythme avec jeu délicat et prend des
solos mélodiques dans les arpèges. Le batteur accompagne le rythme
de manière énergique et s’adapte aux balades avec un jeu délicat
avec les mains directement sur les peaux de ses tambours. Gustave
Reichert à la guitare et au chant, vient avec son instrument
prolonger la voix de la chanteuse avec des riffs jazz, rock et funky.
Ce qui donne une ouverture moderne aux chansons de cette soirée.
Le répertoire est
varié avec des compositions personnelles mais aussi de nombreuses
reprises. Parmi les compositions originales nous retrouvons I Was
Born a Woman qui est interprétée à trois voix avec le batteur, le guitariste et la chanteuse. L’interprète est aussi une jeune
maman qui a écrit une chanson émouvante en français pour sa fille,
La chanson d’Anouk. L’enfant écoute pour la première fois sa
mère lui interpréter cette dédicace en live. Pour les reprises, il
y a I Can See Clearly Now de Jimmy Cliff, Don’t Cry for Louie de
Vaya Con Dios et Maraba Blue d’Abdullah Ibrahim, instrumental sur
lequel la chanteuse a ajouté des paroles. Un blues est interprété
en rappel.
Cette première
partie est enthousiaste et joyeuse, à l’image de la voix de la
chanteuse qui est enjouée et dont la prononciation de l’anglais
est agréable et maitrisée. Le public accueille avec engouement ce
concert dont les fondamentaux du jazz classique sont présent. On
retrouve les influences du gospel et du folk dans certains morceaux.
Sans oublier une ouverture vers le rock, la pop et la chanson qui
apportent de la fraîcheur à ce concert.
JazzFrançois Viaud
Line Up : Mélina Tobiana
(chant) / Gustave Reichert (chant, guitare) / Edouard Monnin (piano) / Thomas Posner (contrebasse) / Clément Brajtman (chant, batterie).