Sans la musique, la vie serait une erreur. (F. Nietzsche)


lundi 8 septembre 2025

Hugh Coltman à Jazz au sommet


 Le 5 septembre à Saint Genest Malifaux.

Après les talents émergents du groupe Moustik Haterz en première partie, le festival accueille ce soir un artiste largement confirmé en la présence de Hugh Coltman, ce concert représentant le point d'orgue du 19 ème festival de Jazz au sommet.

Hugh Coltman est certainement le plus américain des chanteurs anglais vivant en France.
En effet il est Anglais,  il vit en France depuis plus de vingt ans mais sa musique est très influencée par celle des États Unis d'Amérique .   

Il présente ce soir son dernier projet "Good grief"  sorti en 2024 avec une équipe de musiciens de choc.
Laurent Vernerey à la contrebasse et Raphael Chassin Batterie ont accompagné tout les deux les plus grands artistes de l'hexagone : Johnny Hallyday, Claude Nougaro et j'en passe. Je garde un souvenir ému de la collaboration de Laurent Vernerey avec Didier Lockwood au sein de son groupe DLG.   

A la guitare Matthis Pascaud était annoncé c'est lui qui cosigne les compositions du dernier album,  mais c'est Julien Omé qui assure ce soir, la casquette vissée sur la tête comme un vrai américain. C'est exactement l'homme de la situation pour le répertoire du soir et il va faire plus qu'assurer le diable.

Les chansons du derniers album sont déroulées, ça commence par " Take away" une balade teintée de folk américain. Hugh Coltman à une belle voix un peu nasillarde qui sied parfaitement à ce répertoire. Entre blues et country comme pour rejouer à lui seul la confrontation historique du blues jouer par les noirs et la country préférées par les cowboy blancs.
Ici le blues est un peu loin des champs de coton c'est un blues moins root, et la country n'est pas en jean et blouson à frange mais en complet et chemise blanche.
Plutôt une musique de club donc qui fait penser à Tom Wait, et quand il a repris pendant son set un des succès du maître " Hold on" la filiation a été évidente.

 Les compositions sont efficaces tantôt langoureuses  comme "Man up" ou  "Mountain", à la recherche de l'inspiration en montagne; tantôt très enlevées comme  "Midlife Crisis" où le public est mis à contribution avec beaucoup d'entrain.  

Hugh Coltman est un artiste complet, il joue de la guitare et de l’harmonica tel un homme orchestre mais c'est un compteur aussi il partage dans ces textes des destins et des émotions;  hélas mon niveau d'anglais ne m'a pas permis d'en apprécier les subtilités et je le regrette. 

Le concert se termine par la reprise d'une chanson de Hank Williams de 1949  "I'm So Lonesome I Could Cry"  uniquement guitare et voix dans le pur esprit de la country d'antan. 

Il faut rendre hommage aux organisateurs du festival qui savent allier professionnalisme et convivialité, avec un coup de chapeau à l'ingénieur du son Olivier Bifaud qui a encore fait des merveilles ce soir. 

JazzMarc
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   Jazzmarc

Hugh Coltman  Voix Guitare /Julien Omé Guitare/ Laurent Vernerey Contrebasse/ Raphael Chassin Batterie

  

Jazz au sommet 2025 : Moustik Haterz


 Le 5 septembre à Saint Genest Malifaux.

 C'est la 19 ème édition de cet attachant festival au cœur du parc régional du Pilat, proche des sommets naturels et ceux du jazz pour quelques jours.

Pour cette deuxième journée le festival accueille en première partie de soirée les lauréats du tremplin organisé en février le groupe Moustik Haterz.

Ils viennent de Grenoble, se sont rencontrés au conservatoire, 3 filles et 2 garçons ce qui n'est pas banal. Ils sont en un mot : enthousiasmants. 

Ça démarre avec une mélodie venue des Balkans, le synthé planant de Tristan Maurin nous enveloppe, mais très vite le rythme et les ambiances changent. On passe de mélopées traditionnelles à du rock ou de l’électro en passant par du rhythm 'n' blues voir du reggae.

Un jazz fusion donc qui n'a pas de frontière ni de dogme. 

Malgré ces différents styles et des compositions assurées par chaque membre du groupe la cohérence de l'ensemble est solide.   

La rythmique est résolument rock, avec Tevy Pigeon à la guitare basse et Lalie Michalon à la batterie elles font bien plus qu'appuyer leurs partenaires.

Les deux saxophonistes,  Béryl Benveniste au Sax Soprano et Esteban Virot–Galera au SaxAlto, ont chacun leur moment de gloire. J'ai particulièrement apprécié la composition de Béryl tout en montée crescendo vers la transe, mâtinée d'improvisation. 

Jazz fusion : mon amour ! 

La scène émergente nous enchante, son jazz est bien vivant, fier de son glorieux passé mais bien ancré dans le présent. 

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 Jazzmarc

Béryl Benveniste, Saxophone Soprano /Esteban Virot–Galera, Saxophone Alto/Tristan Maurin, Claviers, Chant/Tevy Pigeon, Basse/ Lalie Michalon, Batterie

 

samedi 23 novembre 2024

Leïla Martial & Elie Dufour "Work in progress"

Photo: Jean-Pierre Jacquot
Photo: Jean-Pierre Jacquot
  Le 20 novembre 2024 au Périscope de Lyon

J'étais très enthousiaste par cette rencontre annoncée entre Leila Martial, formidable chanteuse fantasque, "Vocaliste multi-timbrée" comme elle aime à se présenter et Elie Dufour talentueux pianiste leader du trio de Jazz contemporain EYM.
Par ailleurs j'aime assez entrer dans une œuvre sans savoir vraiment où elle va m'entrainer et qu'elle me surprenne. Nous sommes nombreux visiblement ce soir au Périscope en mode "aventurier" à la découverte de la terra incognita de ces deux artistes et nous serons comblés.

Ça commence par une ritournelle sur le piano arrangé et la voix de Leila qui entame une lamentation enivrante dans une langue inconnue de tous.
Où sommes nous ?
Tantôt en Inde, tantôt dans les Balkans ou plus vraisemblablement dans un pays imaginaire où tous les fantasmes et toutes les fantaisies sont possibles.

Nous assistons à la première représentation d'un projet qui vient de naitre, la peinture est encore fraiche nous préviennent les artistes. C'est émouvant de penser que le moment est certainement unique, nous sommes au sortir de l'atelier avec eux. L'improvisation prend toute sa place; la complicité et le talent du duo nous masquant les risques pris. Plus tard les morceaux vont certainement évoluer vers plus de maitrise et d'automatisme. Aujourd'hui nous sommes des Indiana Jones!    

Et voici une composition de J-S Bach, une Partita pour ... violon!?
Après quelques cheminements pleins d'inventivité nous arrivons effectivement à un thème de musique Baroque pour repartir aussitôt vers un ailleurs.
Mais alors quand sommes nous?
Les artistes brouillent les pistes avec malice notamment en utilisant des instruments modernes et d'autres anciens comme l'Organetto . C'est un petit orgue portatif médiéval ressemblant à un accordéon à la verticale avec un soufflet,  un clavier et des tubes dont les sonorités sont plus proches d'une flute d'ailleurs.
Ils font feu de tout bois côté instruments: des séquenceurs, mais aussi des boites à musique à manivelle   voir des instruments bricolés.

"Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs..."
Ça y est je sais  : nous sommes à la messe !
ah non, nous voici sur le dance floor sur un rythme entêtant...

Les ambiances s'entrechoquent dans cette créativité débridée, nous sommes nous à chaque instant bousculés, surpris, ébahis.

C'est peu de dire que Leila Martial est en création permanente j'imagine qu'elle doit se surprendre elle même. Maitresse en improvisation, affichant une liberté qui semble à toute épreuve. La voix est certainement le plus bel instrument du monde, Leila semble, elle, prendre un plaisir gourmand à tout tenter avec la sienne.. avec brio. 

Elie Dufour "le pianiste voyageur" nous a lui, avec son trio EYM, déjà bien habitués à fusionner l'univers du jazz avec d'autres musiques du monde; le voici en collaboration avec une artiste qui ouvre encore les horizons au-delà des frontières et du temps voir du réel. Attentions aux limbes !

Après un deuxième concert à Saint-Étienne le duo a prévu de travailler encore pour présenter un projet final fin 2025. On a hâte bien sûr.

J'ai une proposition de nom pour ce projet: "C'est quand qu'on va où ?"  

JazzMarc
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Leila Martial en solo

 

 Elie Dufour avec son trio EYM

dimanche 14 juillet 2024

Mark Priore Trio à Jazz à Vienne


 Le 13 juillet 2024 Jazz à Vienne Scène de Cybèle.

C'est la dernière journée du festival aujourd'hui et quoi de mieux que de terminer avec la génération montante du jazz.

Mark Priore et son trio sont sur la scène de Cybèle; c'est un moment d'émotion pour lui qui a grandi dans la région.  
Il s'est formé notamment au contact de  Alfio Origlio et du regretté Mario Stantchev puis a intégré le Conservatoire National Supérieur de Paris. Il s'est produit depuis sur nombre de grandes scènes française et européennes. De nombreux prix à des concours prestigieux sont venus confirmer la reconnaissance de ses pairs.
La première fois que je l'ai écouté sur scène en 2019 (voir ici) il m'avait fortement impressionné dans un exercice qui consistait à reprendre le répertoire d'un des maîtres du piano jazz contemporain Brad Mehldau, Exercice auquel il s'était sorti plus que haut la main.
Depuis il a sorti l'année dernière un premier album en solo, mais c'est bien en trio que j'attendais ses premiers projets;  piano,basse,batterie: le trio emblématique du jazz.

C'est l'objet du concert du jour : présenter le premier album du Mark Priore Trio sorti lui en octobre


2023 "Initio"
L'ambition ici nous annonce Mark Priore est de mélanger la musique baroque et le jazz. Concernant la musique baroque il évoque Haendel ou Robert Shumann, côté jazz on entend effectivement l'influence d'Ahmad Jamal  ou de Dave Brubeck entre autre.

Ça commence par une montée crescendo qui de lancinante devient obsédante et dégénère en une folie maitrisée vers un apogée jouissif c'est " Orphée et Eurydice" qui ouvre l'album. Morceau qui s'inspire d'un épisode de la mythologie grecque où Orphée remonte Eurydice morte de l'antre de l'enfer.

Le trio va ensuite pour l'essentiel dérouler les autres titres de l'album ou on appréciera tantôt la  délicatesse et la légèreté comme sur " Roxana" ou l'énergie échevelée de "Air".

Outre la qualité des compositions la qualité d'un bon trio est bien la somme des talents des 3 protagonistes et assurément nous sommes bien servis avec cette fantastique rythmique constituée de  Juan Villarroel à la contrebasse et Elie Martin-Charrière à la batterie. Ils font preuve d'une cohésion parfaite avec leur leader et sont sources de propositions audacieuses et pertinentes.

Nous sommes pressés de les revoir en club dans des conditions plus feutrées. Dans tous les cas nous souhaitons longue vie à ce trio. 

JazzMarc

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Mark Priore : piano
Juan Villarroel : contrebasse
Elie Martin-Charrière : batterie

 

 

samedi 13 juillet 2024

Roberto Negro à la cathédral Saint Maurice pour Jazz à Vienne

 Le 11 juillet 2024 à la cathédrale Saint Maurice de Vienne

Un lieu majestueux s'il en est pour un concert: La cathédrale de Vienne.
Un des pianistes français les plus doués de sa génération
Une organisation du festival de Vienne au cordeau qui laisse la place à des concerts gratuits d'un très bon niveau.
Et pourtant!

Je me faisais une joie de retrouver Roberto Negro qui s'était fait plus rare sur les scènes de la région, cet artiste facétieux plein de talent et de fantaisie.
Il a décidé de proposer un concert en improvisation complète en annonçant qu'il y aurait "peut être" des fenêtres vers du répertoire.

J'avoue être resté en dehors du coup pendant tout le concert collé au plancher des vaches, sans ressentir d'émotion, ni trouver de fenêtre alors ... j'ai pris la porte.     

On dit que les voies de Dieu sont impénétrables; celle de l'improvisation aussi quelques fois. 

 

JazzMarc

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mercredi 10 juillet 2024

Babx au Musée des beaux arts à Vienne


Le lundi 8 Juillet au Musée des beaux arts pour Jazz à Vienne

Un lieu atypique pour un concert : c'est ça aussi Jazz à Vienne. Il n'est effectivement pas désagréable de cumuler les plaisirs en écoutant de la bonne zique au milieu d’œuvres picturales.
Le musée des beaux arts de Vienne se situe au centre de la ville au deuxième étage d'une ancienne hall aux grains.

C'est donc sous une verrière, entouré de tableaux du 16e au 19e siècles que s'installe Babx, alias David Babin, au piano. Il était la veille au soir sur la grande scène du théâtre antique devant 8000 personnes pour l'hommage à Claude Nougaro auquel il participait et le voici aujourd'hui sous le regard bienveillant de Napoléon devant une centaine de veinards. Quel choc! 

Dans cette configuration intimiste il se propose aujourd'hui de présenter principalement des morceaux de son album sorti en 2023 "Une maison avec un piano dedans" qu'il a composé uniquement pour piano solo.
Il fait cette annonce liminaire comme s'il s'excusait de ne pouvoir déployer tous ses talents d'auteur, compositeur, interprète, producteur, pianiste ... n'en jetez plus! Nous allons nous en contenter ...avec gourmandise!

Quelques notes lentes, très lentes commencent à vibrer pour finalement remplir toute la pièce, puis la musique se déploie; elle est cinématographique: Nous y sommes c'est " La maison avec un piano dedans". Morceau qui ouvre l'album et nous invite à entrer dans cette maison; voici le piano il sera la porte vers d'autres mondes encore, et d'autres histoires.

En voici  une "Milonga", nous nous retrouvons dans une salle de danse argentine. La musique est a elle seule évocatrice mais les tableaux nous invitent eux aussi à nous y plonger. Il y a parmi eux la représentation d'une salle de bal...  je m'y égare.

En voici une autre, nous sommes sur le fleuve Congo avec une princesse et c'est "Merveille dans une pirogue"  

Une autre encore, où des apprentis danseuses répètent inlassablement leurs exercices et c'est "Ballerine"

Finalement même si aucun micro n'est prévu, Babx nous propose  de chanter "Rime" de Nougaro, interprétation qu'il a délivré au public du théâtre la veille et qui fut selon moi un des moments forts de cet hommage. Il est en léger décalage voix et piano ce dernier se faisant dissonant lors du refrain: une superbe reprise plus mélancolique que la version originale.

Au rappel il chantera aussi un espèce de blues poisseux " Omaya part 3" tiré de l'album "Ascensions" de 2017. Superbe cheminement vers une issue fatale : C'est triste et beau.

Un moment magique dans un lieu d'exception.

  JazzMarc

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mardi 9 juillet 2024

Gabi Hartamm à Jazz à Vienne : OUF et bienvenue à la douceur et à la fraternité


 Le 7 juillet 2024 au Théâtre Antique de Vienne

OUF! c'est la clameur entendu dans le théâtre à 20 heures en attendant le début du spectacle à la prise de connaissance des résultats du 2eme tour des législatives que beaucoup surveillaient sur leurs portables.

OUF c'est aussi le cris du cœur de Gabi Hartamm lors de son entrée sur scène à 20 heures 30 qui avoue avoir eu peur et s'est dit soulagée et libérée avant de partager sa musique toute en douceur et pleinement ouverte au monde. 

Gabi Hartamm est une jeune chanteuse française, autrice-compositrice et guitariste de 31 ans dont les influences revendiquées sont le jazz, les musiques latines et la chanson.
Ouverte au monde;  elle le prouve en chantant en anglais, français, arabe et portugais. Elle à vécue quelques années au Brésil  aussi tout au long du concert  on l'a sent proche de cette langue et cette culture.

Son premier album éponyme sorti en 2023 a eu un très grand succès. Il faut dire qu'outre son talent elle a su très bien s'entourer. Le grand Jesse Harris auteur, compositeur, guitariste et producteur y a largement participé. Lui qui avait déjà travaillé avec des Norah Jones, Madeleine Peyroux ou autre Melody Gardot.
"Don't know why" c'est lui !

Ce soir elle déroule les chansons de ce premier album avec pour commencer "Lullaby" et "Buzzing bee"et celles de son EP sorti récemment "little song lines".

De cet Ep je retiens surtout la très belle ballade "Milles rivages " composé elle aussi avec Jesse Harris,  et la reprise de la regretté Lhasa "Is anything Wrong".
Sur le morceau "l'amour incompris" c'est elle qui chante le couplet en arabe qui est interprété en duo avec Ghandi Adam sur l'enregistrement studio.

Il y a un an j'avais assisté à son concert au festival de Marciac dans une salle plus intimiste de 500 places, qui sied davantage à l'ambiance feutré que dégage ses concerts me semble t'il. Depuis elle a gagné en assurance et en professionnalisme; son groupe, lui, s'est agrémenté d'un souffleur de talent Robby Marshall (clarinette, saxophone, flute traversière...).

La chanson qui gagne tous les suffrages du public à chaque fois c'est "la mer" qui n'est absolument pas une bluette mais un cri contre la mort de migrants en méditerranée et notre inaction.

"La mer qu'on voit danser À des reflets de sang Des corps de naufragés Dans l'oubli, chavirant
..."
  
Un cri qu'elle poussera encore nous a t'elle confié tant que ces drames continueront.

C'est une artiste sincère tout en délicatesse qui montre aussi toute sa fantaisie avec des morceaux plus enlevés comme "Samba de la terre" ou "maladie d'amour"    

On la retrouvera plus tard dans la soirée comme invitée pour l'hommage à Claude Nougaro, mais c'est une autre histoire.  

JazzMarc

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 Gabi Hartmann (chant, guitare)
 Robby Marshall (clarinette, saxophone)
 Abdoulaye Kouyate (guitare)
 Florian Robin (piano)
 Elaine Beaumont (contrebasse)
 Bruno Marmey (percussions)

samedi 6 juillet 2024

Stracho Temelkovski Trio au Musée Gallo Romain pour Jazz à Vienne


Le jeudi 4 juillet 2024 au Musée Gallo Romain de Saint Romain en Gal 

La grande tente déployée sur la pelouse du musée Gallo Romain s'est transformée en tente berbère  le temps d'un concert. Stracho Temelkovski en trio y déploie pour notre plus grand plaisir son univers métissé, mêlant l'Orient, les Balkans, l'Europe et d'autres contrées imaginaires.

Originaire de Macédoine ce passionné de musique est devenu au fil des années multi-instrumentiste partageant sa passion de la musique et des sonorités du monde. Cet après midi il en trio avec ses complices de longue date  Jean-François Baez, à l'accordéon et  Ashraf Sharif Khan  au Sitar

On commence par s'accorder, Stracho nous glisse au passage que si on commençait tous par là nous aurions moins d'embrouille.

Et nous voilà parti en voyage sur un tapis volant vers un orient fantasmé, nostalgiques d'une fraternité entre les peuples portée par une musique cosmopolite à laquelle Stracho veut encore croire.

Stracho Temelkovski commence par une ligne de basse sur laquelle tout va s'appuyer. Pour sa part il va assurer aussi tout au long du concert les percussions avec sa voix ou ses instruments. 

La constitution d'un groupe composé d'un sitar d'un accordéon et d'une basse n'est pas tout à fait intuitif chaque instrument trimbalant des stéréotypes tellement différents. Et pourtant il s'accordent merveilleusement bien. Y a t'il dans une leçon à retenir de cet assemblage ? 

Stracho m'étonne toujours dans sa gourmandise à jouer de plusieurs instrument à la fois c'est le seul que j'ai vu percuter d'une main les cordes de sa basse et de l'autre les peaux de ses tambours .. avec brio.

On ne peut que s’enthousiasmer de la richesse qu'apporte la fusion des cultures à l'heure ou certains voudrait revenir à une France bien blanche avec béret et tablier d'écolier qui bien heureusement n’existe pas

Il est en résidence à jazz à Vienne cette année aussi il sera présent sur d'autres scènes alors n'hésitez pas.

JazzMarc
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Stracho Temelkovski : guitariste / basse / viola / percussions
Jean-François Baez,: accordéon
Ashraf Sharif Khan  : Sitar

samedi 22 juin 2024

Leo Sidran: "What's Trending" Le groove salvateur

Vous vous sentez oppressés par l'ambiance délétère du moment, par les messages de haines et les compromissions de nos responsables politiques qui nous disent agir pour la France ...
j'ai une bonne nouvelle pour vous, voici une belle découverte à partager sans modération pour accéder à un peu de légèreté et d'insouciance ... au moins pour un temps.
Voilà ma prescription: Une écoute régulière du dernier album de Léo Sidran "What's trending" jusqu'à la disparition des symptômes.
Vous serez alors pris d'une envie de chalouper sur le groove irrésistible de cet artiste.
Entre Michael Franck et Steely Dan ( plutôt Donald Fagen en solo d'ailleurs) Léo Sidran nous offre une cure de jouvence à la mode californienne.
Il a déjà quelques albums à son actif et un père qui est loin d'être un inconnu Ben Sidran, pianiste et chanteur américain connu pour sa participation au groupe Steve Miller Band. 
L'album est très bien produit et s'écoute entièrement avec plaisir. S'il fallait pointer quelques morceaux pour vous donner envie le premier morceau et titre de l'album "What's trending" donne le ton général "Hanging by a thread" et "Nobody kisses annymore" sont deux superbes ballades et "1982" est une petite facétie où les titres de chansons de l'année 1982 défilent.

Moi ça me fait du bien fou.

JazzMarc  



mercredi 12 juin 2024

Le trio David Bressat à Saint-Fons pour French connection Vol.3

Photo: Jean-Pierre Jacquot

Le  vendredi 7 juin 2024 à la médiathèque de Saint-Fons

C'est dans une "bulle de jazz" à Saint-Fons que se produit ce soir le trio de David Bressat à l'occasion de la sortie de l'album "French connection Volume 3". Les bulles de jazz ont a été imaginées par les organisateurs du festival de Jazz et l'école de musique de Sant-Fons pour continuer à  accueillir des artistes de jazz pendant la fermeture pour travaux du Théâtre Jean-Marais, où se tient habituellement le festival.

La bulle du soir est hébergée à la médiathèque dans une salle parfaitement bien sonorisée pour la mise en valeur d'un trio de haute volée. David Bressat pianiste et compositeur est un artiste basé dans la région dont la notoriété a dépassé depuis longtemps le territoire nationale.
Ce soir il présente la suite d'un projet qu'il a débuté en 2008 avec le premier volume de la série où il revisite de grandes chansons du répertoire populaires français pour les transformer en standards de jazz contemporain.

L'exercice est assez ludique au départ on reconnait assez facilement le thème. La composition ayant été cependant reprise du sol au plafond on est rapidement happé par les cheminements et les arrangements audacieux du trio. Nous voilà en excellente compagnie d'un pure trio de jazz contemporain magnifiée par une rythmique au cordeau avec Charles Clayette à la batterie et Thomas Belin à la contrebasse; chacun se lançant à son tour dans des envolés en solos propices à la délectation. .

Ce troisième opus nous permet d'entendre, entre autre, leurs versions de "la bohème" de Charles Aznavour, "c'est si bon" chanté par Yves Montand, ou "la belle vie" de Sacha Distel, c'est deux derniers titres ayant été déjà repris outre atlantique pour devenir là-bas des standards de Jazz.
Sur la pochette de l'album David Bressat rédige d'ailleurs un texte qui donne le ton, me semble t'il de l'esprit de l'artiste, dans cet exercice de style. Il se présente comme un extrait d'un polar qui se passerait dans un club de jazz américain où tout les titres sont cités au fil du récit  et évoque  les liens entre les chansons françaises et les standard de jazz internationaux: "French connection".

Sur ce dernier volume David Bressat intègre, comme à son habitude, quelques unes de ses compositions et reprend également une composition d'Eric Satie ce qui vient encore confirmer l'étendu de son talent.

Pour le rappel le trio reprendra " Les feuilles mortes" de Joseph Kosma, chanson présente dans le premier volume de French Connection; standard ultra plébiscité par les musiciens de jazz de tous les continents.
Ils invitent à les rejoindre pour l'occasion la chanteuse  Catali Antonini bien connue de la scène jazz qui se trouve être aussi très impliquées dans l'école de musique de Saint-Fons. Elle nous offre un beau moment de lâché prise avec ses vocalises sur le thème et une très belle façon de terminer ce set .

Surveillez notre agenda le Trio David Bressat va poursuivre sa tournée de présentation de l'album avec des dates sur Paris mais aussi à Saint-Étienne et bientôt de retour à Lyon.

JazzMarc
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mardi 6 février 2024

City Life : Orchestre national de Lyon et le trio TNT

Le 2 février 2024 à l'auditorium de Lyon.

Changement de décor voir de classe pour l'équipe de Jazz-Rhone-Alpes.com ce soir. Ce n'est pas dans un club ou un festival de jazz que nous nous retrouvons mais à l'auditorium de Lyon pour entendre l'orchestre national de Lyon; oui Monsieur.
Dans le cadre de son week-end Percussions l'Auditorium présente une soirée spéciale avec au menu une composition de Stéphane Pelegri, bien connu de la scène jazz, encadrée par deux œuvres de deux compositeurs américains pionniers de la musique dite minimaliste John Adams et Steve Reich.

L'ambiance est plus solennelle ici, l'orchestre au grand complet est impressionnant le protocole aussi. Le premier violon, Jennifer Gilbert, arrive après tout le monde sous les applaudissements puis le chef d'orchestre Pierre Bleuse qui l'a salut ostensiblement on va pouvoir commencer ?

Le courant minimaliste est apparu dans les années 60 aux États-Unis; les têtes d'affiche de ce genre musicale sont Philip Glass, Steve Reich, John Adams et Arvo Pärt.
L'écriture musicale est basée sur le rythme et la pulsation. Ces pionniers introduisaient dans leur musique des boucles analogiques de sons divers bien avant l’apparition de nos "looper" numériques actuels.   
"The chairmain dances"  de John Adams, créé en 1985, sera le premier morceau interprété. La belle mécanique de l'orchestre nationale se met en action pour nous plonger dans une ambiance entêtante dans laquelle on serait resté bien au-delà des 13 minutes annoncés. L'auditorium nous offre une qualité sonore idéale pour cet ensemble acoustique; moi, certainement mal habitué par les sons amplifiés, j'aurais volontiers déboutonné le nœud papillon et poussé le potentiomètre.     

Pour l'interprétation de la création de Stéphane Pélégri, "Random Memories", l'orchestre se modifie, les percussions en fond de salle disparaissent et les timbales apparaissent désormais au premier plan, prises en main par Adrien Pineau. La création s'articule en trois mouvements qui seront des dialogues entre les timbales et l'orchestre. J'y ai vu pour ma part un échange entre le sauvage et le civilisé. Le caractère tribale des percussions avec l'utilisation de  maillets, baguettes, ballets...voir simplement des mains du musicien se confronte à l'élégance et au raffinement de l'orchestre: L'opposition du charnel et du spirituel.      

Une pause permet à l'orchestre de se modifier encore pour la composition de Steve Reich " City life". Le groupe musicale est plus resserré il est désormais amplifié. On y trouve quand même, entre autre, deux pianos et deux synthétiseurs, un technicien y est même accueilli pour les sons de la ville qui parsèment le morceau créé en 1995:Vingt minutes dans les rues de New York, rythmées par les klaxons, la sirène des pompiers les coups de freins. Steve Reich y a intégré aussi les échanges radio entre les pompiers de New York lors de l'attentat du World Trade Center de 1993. J'avoue ne pas les avoir entendu ce soir.
Contrairement à ces précédentes compositions, comme "Different trains" les sons enregistrés ne sont pas sur bandes magnétiques mais bien échantillonnés et joués en direct sur des claviers.
Une très belle expérience que d'entendre en live une telle œuvre.

C'est avec la banane au visage après ces moments d’exception qu'au sortir de la salle nous sommes accueillis dans l'atrium de l'auditorium par un trio jazz pur jus pour un "after" oui madame un "after".
Aussi nous voici dans un contexte plus familier pour nous avec le trio jazz TNT à la manœuvre.
Benoit Thevenot est au piano, magnifique musicien bien connu aussi avec son autre trio Magnétic Orchestra. Greg Theveniau est à la guitare basse au bon son groove et au slap assassin.  Hervé Humbert pilote la batterie avec beaucoup de créativité on le connait aussi pour sa participation au big band de l'Oeuf. Ce qui est bon dans les soirées impromptues c'est que tout peut arriver ! Aussi comme Stéphane Pelegri a participé grandement à l'organisation de la soirée, il lance un bœuf en prenant place au piano, invite Gaby Schenke au saxophone et Arnaud Geffray (de l'ONL lui aussi) à la trompette et c'est parti sur un thème de Wayne Shorter et un moment de grande liberté et de pur plaisir pour les spectateurs.
La chanteuse jazz Catali Antonini viendra rejoindre ce bel équipage sur un thème chanté autrefois par Claude Nougaro.

Les spectateurs avaient de quoi êtres comblés ce soir parce que bousculés, surpris et enrichis par la musique avec ou sans protocole.

Benoit Thevenot : claviers, Greg Theveniau : Guitare basse, Hervé Humbert : batterie

JazzMarc
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Pour illustrer la musique minimaliste voici un morceau emblématique de Steve Reich

Et mon chouchou du moment Arvo Pärt idéal pour les moments de lâcher prise

lundi 16 octobre 2023

Sophie Alour à l'underground de l'opéra de LYon

 
Photo: Christophe Charpenel

Un vendredi 13 à l'underground de l'opéra de Lyon
"Délicat"
C'est le qualificatif qui me vient pour évoquer le concert de ce soir.
C'est un très grand plaisir de retrouver Sophie Alour découverte en 2008 avec son premier album "uncaged" au Radiant.

Oui c'est toujours la très grande classe, elle est entourée ce soir de musiciens d’exception dans une formule originale guitare, violoncelle, batterie et Saxophone/flute traversière pour la leader et compositrice Sophie Alour.
Pierre Perchaud est la guitare, Guillaume Latil au violoncelle et Fabrice Moreau à la batterie.
Pas exhibitionnisme pas de chichi juste de la belle zique avec des arrangements au cordeau  portés par des musiciens qui sont tous des leader dans d'autres formations.
Ce soir Sophie Alour présente son dernier Album " Le temps virtuose", projet qui évoque le thème du temps sur plusieurs aspects. Il a été composé dans les périodes troubles de Covid et de la guerre en Ukraine au regard de la vie qui avance. "Petite anatomie d'un présent qui passe" est par exemple un jolie titre écrit lui en pensant à sa fille de 10 ans.
J'ai adoré "Musique pour Messieurs" délicieusement tourmenté par la guitare saturée et une rythmique entêtante, suivra "Musique pour Dame" beaucoup plus apaisée, peut être nostalgique.
Elle revisite dans ce nouvel opus un morceau emblématique de son premier album justement  "Haunted"  : le temps passe mais le talent reste!     

Un ptit coup de griffe au passage, je regrette le temps où l'underground s'appeler l'amphijazz et où nous pouvions écouter/voir du jazz tous les mois. J'aime pas trop les "c'était mieux avant " mais en l’occurrence on ne va pas vers du mieux en la matière.  La dynamique est cassée. 

JazzMarc

Trio EYM au Periscope avec Varijashree Venugopal et BC Manjunath

Le mercredi 11 octobre 2023 au Périscope

Et si la musique pouvait sauver le monde !
C'est un langage commun à toutes les civilisations et un véritable véhicule d'émotions et de joies en commun.

Prenez le trio EYM qui se présente ce soir sur la scène du Périscope ils sont originaires de Lyon ( quelle bonne idée); ce qui les motivent eux, c'est d'aller rechercher de nouvelles sonorités et d'enrichir leur créativité en s'ouvrant aux influences du monde entier.
Ce soir ils présentent leur 4ème album "Bangalore" une fusion de jazz contemporain et de musique Carnatique du sud de l'inde.
Ces deux styles sont à des années lumière l'un de l'autre et pourtant! ... et pourtant leur fusion ce soir est tout simplement somptueuse. Alors si toutes les musiques du monde pouvaient se donner la note!

EYM  c'est d'abord un trio de jazz contemporain piano, basse et batterie  porté, dans le même ordre, par Elie Dufour, Yann Phayphet et Marc Michel. Le groupe est né en 2011 et depuis ils ont sillonné le monde et collaboré avec pas mal d'artistes de nombreux pays.
Cette ouverture donne à leur musique des couleurs chamarrées parfois au sein même d'un unique morceau.
Le concert démarre en trio seul avec  "Pique nique à Tchernobyl" morceau qui figurera dans un futur 5 ème album. Déjà les sonorités de l'orient sont là, je pense à Avishai Cohen ( Israël), à Tigran Hamasyan (Arménie) voir à Aziza Mustafa Zadeh ( Azerbaïdjan) quand la chanteuse Indienne interviendra: des artistes qui poussent la fusion musicale comme un instrument de paix massif. 

Dès le deuxième morceau la chanteuse Varijashree Venugopal et le percussionniste BC Manjunath rejoignent le groupe pour dérouler les titres de l'album "Bangalore". C'est juste un monde nouveau qui s'ajoute et se mêle au premier pour l'enrichir davantage. Comment ?  la question technique est vite oubliée tant le résultat semble une évidence (Au secours André Manoukian)
La voix de la chanteuse est envoutante, elle ne fait aucune surenchère c'est une musicienne comme les autres, elle est en osmose avec le groupe, elle improvise et participe pleinement à la fusion générale. (elle aurait mérité une meilleure sonorisation ce soir)
Le percussionniste BC Manjunath est un véritable phénomène il joue du mridangam, instrument traditionnel étonnant faisant partie des tambours en tonneau. Au cours du concert il propose au public un langage de la percussion et entraine tout le monde dans des phrases rythmiques.
Les morceaux s'enchainent  très percussifs comme "No madness" et "I'm traveling alone" ou des ballades comme  "song for Anilou". Tous sont des compositions d'Elie Dufour excepté  le très beau  chant traditionnel "Jagadoddarna"arrangé par lui.

Le groupe propose pour finir le titre "Bangalore" ville au sud de l'inde dont ils sont tombés amoureux et où ils ont rencontrés Varijashree et BC Manjunath. Au rappel ce sera  "Emile" une ballade composée par Elie pour son fils.

 Un mot sur le piano d' Elie Dufour qui est un sujet à lui tout seul, en effet avec un ami ingénieur ils ont mis au point une pédale spéciale qui active un dispositif venant appuyer sur les cordes pour en faire un piano "préparé" à la demande. Les notes sont ainsi altérées ponctuellement. Ce soir le piano a des sonorités  d'instrument à corde traditionnel me semble t'il comme une Kora africaine. ( fusion encore)

La salle était pleine ce soir pour accueillir les enfants du pays et leurs amis, elle était unanimement enthousiaste pour célébrer la beauté des musiques du monde et leur mélange. 

Les tyrans et les barbares ignorants n'aiment pas la musique; soit ! et bien défendons là encore plus! 

JazzMarc
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mercredi 12 juillet 2023

Liniker au théâtre antique de Vienne

 

Le 5 juillet 2023 au Théâtre antique de Vienne

Le groupe Snarky Puppy a certainement attiré la majorité du public ce soir, car en première partie le festival présente une découverte en la présence de la chanteuse Transgenre brésilienne Liniker annoncée comme la nouvelle sensation soul/pop brésilienne.

1ère sensation: P...  c'est fort!

Ouvre les yeux:
Le groupe est habillé uniformément en noir et blanc, la reine de la fête est en combinaison bouffante rose bonbon: le look scénique est soigné; d'aucuns diraient ostentatoire.

Écoute:
Ah oui c'est fort quand même, les basses sont profondes et ça tape fort.

Liniker est une chanteuse et compositrice Brésilienne, avec son groupe "the Caramelows" ( les caramels) elle a publié son premier album "Remonta" en 2016. Ce soir elle présente le dernier en date, son troisième, "Indigo Borboleta Anil"  ( Papillon indigo) et ça démarre avec "Lili" puis "Diz Quanto Custa"
Sur scène il s'agit d'une musique afro/brésilienne aux consonances samba/pop survitaminée très entrainante. 
Le show est taillé pour les grandes scènes des festivals ce qui anesthésie les subtilités des enregistrements en studio. Pour apprécier l'amplitude vocale de Liniker je conseille d'écouter par exemple un morceau comme "intimidade", certainement trop intimiste justement pour la scène du soir.

C'est ça ferme les yeux pour apprécier:
La voix est chaude, sensuelle et envoutante;
une voix de ténor qui reste puissante quand elle passe en voix de tête.

L'information n'a pas été donnée sur la composition du groupe en présence, très bon et bien équilibré au demeurant. Votre serviteur le regrette, j'aurais aimé mettre avant en particulier, le guitariste plein de ressources et d'inventivité et le batteur qui chante fort bien lui aussi. Peut être sont-ce une partie des "Caramelows" (les durs uniquement ?)

Un groupe de fan est au devant de la scène, ils connaissent les chansons par cœur et brandissent un drapeau brésilien, il finira sur scène aux mains de Liniker.

Obrigado Brasil 
Obrigado ao festival por esta descoberta
Obrigado Google translate

JazzMarc
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mercredi 5 juillet 2023

Randonnée en musique Jazz à Vienne avec Amin & Luna


Le 2 juillet 2023 Randonnée en musique à Jazz à Vienne
Belle surprise que la découverte de la musique d'Amin & Luna sur les hauteurs de Vienne lors de la randonnée en musique que Jazz à Vienne organisait pour la première fois ce dimanche matin . 

9h00 c'est tôt pour le jazz normalement, mais la promesse d'assister à un concert surprise de 45 minutes après une randonnée d'un peu plus de 5 km sur une des collines adjacente à Vienne nous a mis en mouvement.
A l'arrivée dans une petite clairière donnant sur une vue grandiose de Vienne et du Rhône nous attendent les 2 artistes et on devine que le concert sera aux consonances Oriental au vu des instruments en présence.      

Nous voilà instantanément transportés en Irak au bord du tigre, au Caire au bord du Nil en Arménie, en Iran et tout ça pour une empreinte carbone nul.
Amin & Luna interprètent des chansons traditionnelles de ces origines lointaines, des chants d'amour des Odes à la nature qu'ils ont repris à leur compte pour une délicieuse fusion entre orient, musiques actuelles, classique et jazz.     


Amin c'est Amin Al Aiedy  musicien, joueur de Oud et de contrebasse, compositeur et improvisateur à ses heures. Outre ses talents techniques c'est un  érudit de l'histoire des musiques et sur les poésies orientales. Il aime a jouer son "Manoukian" quoi!.

Luna c'est Luna Nieto chanteuse qui étudie le jazz vocale au conservatoire de Lyon. Elle a abordé la musique orientale depuis quelques années seulement, elle semble pourtant rompu à ces harmonies complexes et à la langue arabe. Elles est étonnante de précision et de fantaisie, c'est la première fois que j'entends du Scat Arabe et c'est bluffant. Dans une de ses Interview  j'ai entendu qu'elle citait Youn Sun Nah et Leila Martial parmi ces chanteuses préférés et influences : rien d'étonnant.      

Voici des artistes à suivre, merci à Jazz à Vienne de permettre toujours la découverte de nouveaux talents.

JazzMarc
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Amin en video sans Luna

lundi 3 juillet 2023

André Manoukian 4tet & Balkanes + Livizz à Jazz à Vienne

Le 28 juin au théâtre antique de Vienne

Il est certainement plus connu pour ses émissions audiovisuelles que pour sa musique pourtant André Manoukian a derrière lui une longue carrière de compositeur et d'interprète. On le connait pour son travail avec les chanteuses Liane Foly ou Malia mais il a collaboré avec quantité d'autres artistes. Il publie son premier album solo en 2008.


On aime à rappeler ici son attachement à la région puisqu'il est né à Lyon et qu'il a créé en 2010 le festival Cosmojazz à Chamonix où il hisse, dans le sens propre,  le jazz aux sommets.

En 2017 il réoriente ses compositions vers ses origines : l'Arménie; en publiant l'album "Apatride" où l'on retrouve avec bonheur les sonorités d'autres musiciens comme Avishai Cohen ou Tigran Hamasyan. En 2022 il récidive avec "Anouch" où il évoque le souvenir de sa grand mère. Dans cette album il fait appel a des chœurs "ethniques" que l'on retrouve abondamment ce soir.

Il nous a gâté pour cette soirée, c'est comme une carte blanche où MONsieur reçoit ses invités  
C'est avec son quartet qu'il entame le concert, un quartet atypique, ils ne sont pas tous arméniens, nous dit il, mais c'est bien de l'Orient fantasmé qu'ils sont venus nous faire rêver.
Guillaume Latil est au violoncelle et bascule en basse au besoin; Rostom Khachikian au Duduk, c'est une sorte de flute de la famille des hautbois qui est un des symboles de la musique Arménienne.
Aux percussions: un phénomène Mosin Kawa qui utilise des instruments indiens, notamment le "tabla" c'est étonnant ce qu'il arrive à produire avec on dirait qu'il a 50 doigts.

Alain Manoukian est incorrigible, il ne peut s’empêcher d'endosser le rôle de professeur d'histoire de la musique... bon on aime ça et encore plus votre serviteur chroniqueur à qui il facilite bien la tâche.
Ce qu'il aime encore plus c'est évoquer le peuple arménien, peuple d'exilés, éparpillé sur la planète avec la nostalgie d'un paradis perdu ...fantasmé. C'est dur d'être arménien! ( nous dit il)

 Les Balkanes sont les premières invitées un groupe vocal bulgare, d'origine France, composé de 3 chanteuses. Dans un premier temps elles chantent a capella puis accompagnent le groupe comme on peut l'entendre sur l'album avec par exemple " l'ange à la fenêtre d'Orient" . Cette fusion et cette puissance vocale sont du meilleur effet.

Dafne Kritharas entre alors sur scène présentée comme chanteuse franco-grecque capable de faire pleurer les pierres! effectivement l'émotion produite par cette voix céleste a emporté tout le monde. Les pierres du théâtre antique se sont faites moins dures on ne les sentait plus; comme en suspension... Atterrissage ! "Aie"



Heureux Manoukian le voilà maintenant entouré par un Big Band de meufs comme il a plaisir à l'annoncer, en effet 6 chanteuses du groupe Liv'izz viennent en arrière de la scène compléter le dispositif déjà bien fournis. Liv'izz est un ensemble vocal exclusivement féminin issu du Conservatoire de Musique et Danse de Vienne.

Ils produiront ensemble notamment un très entrainant "Rondo Arménien" autre extrait du dernier album.

Bravo l'artiste, professeur, animateur pour toute cette richesse accumulée pour ce concert d'ouverture.

 JazzMarc

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Sarah Lenka & Macha Gharibian à Jazz à Vienne 2023

Le 28 juillet Au théâtre antique de Vienne

C'est parti pour la 42 ème édition du festival Jazz à Vienne en version "esprit libérée" sans gestes barrières ni appréhensions quelconques. "Ouf" on n'est bien sur les pierres chaudes du théâtre antique pour cette soirée d'ouverture généreuse qui nous est proposée avec 4 plateaux de choix dont le point d'orgue  avec Dee Dee Bridgewater pour clôturer la soirée.

Il fait encore jour  quand Sarah Lenka & Macha Gharibian entrent sur scène pour entamer leur set.
Il y a 10 ans déjà nous découvrions Macha Gharibian qui présentait son premier album "Mars" au Hot Club de Lyon un soir d'octobre 2013 et étions alors déjà tout a fait sûr de son potentiel.(voir ici)
La voici donc sur la scène de Vienne aujourd'hui mais pas vraiment là où on l'attendait.
Macha Gharibian est pianiste, chanteuse, auteure et compositrice alors on a envie de tout avoir quand elle est sûr scène car elle nous a habitué à des concerts somptueux dans son propre univers qui embarque le jazz, l'Arménie, New York et ...Rachmaninoff.



Non ce soir elle est au piano et en soutien vocal au service de la chanteuse Sarah Lenka.

Sarah Lenka est une jeune chanteuse saluée par la Sacem en 2007 avec le  prix de la meilleure artiste féminine. Elle publie son premier album "Am I blue" en 2008 après avoir  fait des études aux beaux arts. Son univers à elle est tout autant singulier flirtant avec le jazz en venant du folk avec sa voix à peine éraillée presque enfantine propice aux berceuses.

Son propos toutefois est autrement plus engagé puisqu'il est centré sur la causes des femmes. Elle a beaucoup interprété des chansons de Billie Holiday puis de Bessie Smith. Dans son dernier album "Women's Legacy" elle réunis des chansons qui rendent hommage aux femmes fortes à différentes époques qui ont œuvré pour leurs libertés. 

En 2022 Sarah a enregistrer un EP avec 6 titres où elle invite d'autres artistes pour l'accompagner sur certains d'entre eux. C'est sur " It happened" que Macha Gharibian apparait, la collaboration a dû être enrichissante puisqu'elle se prolonge avec ce projet sur scène. 

Ce soir le duo est une évidence, la voix est aérienne, elle s'envole jusqu'en haut des gradins, elle est doublée à certains moments par celle de Macha et soutenue par les volutes d'un piano qui a envie d'Orient.

Le répertoire c'est celui de Sarah Lenka avec de nouveaux arrangements qui laissent la place à quelques solos au piano inspirés, salués par un public attentif. C'est l'occasion d'apprécier le talent de pianiste de Macha Gharibian en dehors de ses compostions.

Cette dernière tient à évoquer un fin de concert le 200 ème jour de blocus par l'Azerbaïdjan du Haut-Karabagh en Arménie d'où sont ses origines. La musique est un langage universelle, elle adoucit les mœurs il parait, mais hélas elle reste impuissante devant les "sourds dingues"!

 JazzMarc
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Bonus

mardi 9 mai 2023

Ramdam Fatal au Périscope

Photo: Jean-Pierre Jacquot
 Le 6 mai au Périscope de Lyon

Ils sont venu de leur massif central pour faire du ramdam au périscope de Lyon et ils ont fort bien fait.
Ils nous ont régalé et bien dégagé les oreilles pour l'occasion.

Ramdam Fatal est un groupe né de la fusion du trio Utra Zook et de membres de la compagnie "L'Excentrale"  avec l'ambition d'une musique totalement déconfinée osant des grand écarts entre les musiques traditionnelles d'Auvergne, le rock, les musiques improvisées, le jazz...
Le raccourci possible serait la "bourrée progressive" mais en tentant de définir leur projet on ne dit rien de l'énergie festive qu'ils dégagent et du bouillonnement créatif qui les anime.

Les textes sont décalés, la musique est pleine de syncopes et de "stop and go" avec des montées progressives vers des moments de pure d'hystérie bienfaisante.

En les écoutant je pense, moi, à une filiation entre "Franck Zappa" et "Ange" bon d'accord ça date un peu mais la bourrée aussi.

Leur spectacle est tout à fait singulier, on assiste à une grande parade qui annonce ce qui sera peut être un bal " Cavalier Per l'Ecir", ou à un colloque pour analyser "22 propositions pour sortir de l'impasse" tout aussi loufoques les unes que les autres.
Ce sont 2 titres de leur album qui vient de sortir et qu'ils présentaient ce soir pour la 1ère fois.

Les musiciens sont tous formidables, c'est plus le choc entre les styles qui cohabitent sur une même scène qui est le plus remarquable. Entre par exemple les sons de l'espace sortant du clavier Benjamin Bardiaux est le violon de bal de Clémence Cognet qui rythme la cadence avec ses pieds.

A la fin du dernier morceau, l'hystérie finale est à son comble, un cri primal s'est alors fait entendre  poussé par une Clémence Cognet semblant en transe qui nous à laissé béats.  

Le périscope n'était pas plein ce soir, c'est quand même un regret face à autant de talent et d'énergie et au final à une telle production de plaisir brut. c'est dommage! Mais vous pouvez-vous rattraper, le disque est disponible désormais et d'autres dates sont d'ores et déjà annoncées.

Jazzmarc

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 Félix Gibert (Direction, trombone) – François Arbon (Saxophone basse, trombone) – Clémence Cognet (violon,voix, pieds, trombone) – Romain « Wilton » Maurel (violon, voix)
& le trio Ultra Zook : Benjamin Bardiaux (claviers, voix) – Rémi Faraut (batterie, voix) – Manu Siachoua (guitare, basse, voix).


samedi 22 avril 2023

Nicole Mitchell & Silvia Bolognesi au Périscope

Photo: Jean-Pierre Jacquot
Le 19 Avril 2023 au Périscope de Lyon

Un, deux,trois soleil...
Dans la cours de récréation qu'est devenue la scène du Périscope ce soir deux musiciennes de haut vol jouent et s'amusent surtout beaucoup. 


Entre la flutiste américaine Nicole Mitchell et la contrebassiste italienne Silvia Bolognesi, c'est la marelle, cache cache ou chat perché c'est la création en temps réel de mondes imaginaires merveilleux qu'elles se créent pour un instant. 

C'est le dialogue entre deux continents,
- entre le grave et le léger
- entre la terre et ciel, la terre pour la contrebasse ancrée dans la terre et la flute qui s'envole tel le rossignol
- entre la rigueur et la fantaisie
voir le chaos et l'ordre associé à l'une ou l'autre selon les cas.

Au début du set on a l'impression que chacune part pour une improvisation qui lui est propre et puis doucement les possibilités de synchronisation s’effleurent, le jeu s'installe entre elles. Le cadre posé de chaque morceau semble ténu mais il suffit de se laisser aller, de lâcher prise alors on peut partager le plaisir qu'elles ont, elles, à jouer ensemble.

Nous sommes proche de la performance expérimentale avec des artistes cependant qui sont passées maitres en la matière. Chacune utilise son instrument selon toutes les méthodes possibles et elles ne sont pas toutes répertoriées dans les manuels.
Silvia Bolognesi pince, frotte, percute son instrument tant qu'elle peut, le son de sa contrebasse est parfait. Ses solos ne sont jamais ennuyeux, et quand son instrument ne suffit pas elle fait des percussions avec d'autres jouets à elle, voir elle nous harangue des "What's good in music ?"
Nicole Mitchell mélange,elle, allégrement le son de sa flute avec des vocalises, du chant, du souffle bref elle donne tout avec générosité. 

Il m'est arrivé de perdre le fil, peut être même l'ont elles perdu elles aussi, rien d'étonnant tellement la prise de risque est importante.  

C'est une musique qui, dans tous les cas, convient moins à une écoute d'un enregistrement dans son salon mais plus en live dans une salle de concert voir dans une autre cours de récréation.
Et maintenant on dirait que tu serais un cosmonaute et moi une fleur...

JazzMarc  

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samedi 15 avril 2023

EST le retour ! Home.s et Rymden

15 ans déjà que Esbjörn Svensson disparaissait dans un tragique accident de plongée,
journée tragique aussi pour le monde de la musique qui s'est depuis assombri sans cette lumière musicale incandescente.

Et puis en septembre dernier l'album "Home.s" a été publié constitué d'inédits de Esbjörn au piano solo.
Je suis resté collé à cet album pendant plusieurs semaines et je mis replonge avec délice régulièrement encore. C'est bon de retrouver des nouvelles d'un proche d'être bercé par ces cheminements mélodieux intimes et imparables.

 

Il n'y aura pas d'autre Esbjörn Svensson mais ses enregistrements pourront nous enthousiasmer et nous apaiser encore longtemps. Et puis son héritage est aussi porté par ses deux compères le bassiste Dan Berglund et le batteur Magnus Öström qui constituaient la rythmique enflammée du Trio EST.
 

La deuxième formidable nouvelle c'est que ces deux là, après des expériences chacun de leur côté,  ont eu la bonne idée de reconstituer un trio avec le formidable pianiste et compositeur norvégien Bugge Wesseltoft qui arrive avec son univers et sa longue expérience. J'aime beaucoup son album de 2016 "somewere in Between"  une rétrospective de quelques 20 ans de son expérience musicale  et celui de 2017 en piano intimiste " Everybody loves angels"  et puis et puis ...en fait j'aime beaucoup cet artiste.
Et voilà donc Rymden le nouveau trio qui permet à la rythmique mythique de feu EST de ce reconstituer autour de ce pianiste exceptionnel.

Deux album studio sont déjà disponibles depuis la constitution du groupe, plus des "live" plus un album de reprises (déjà) avec un orchestre symphonique.
Voici un extrait de l'album "Space Sailors" paru en 2020: c'est bon de retrouver cette pulsation, c'est bon d'être en bonne compagnie !

 

JazzMarc