Sans la musique, la vie serait une erreur. (F. Nietzsche)


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lundi 10 août 2026

Crest Jazz festival: Emile Parisien/Yaron Herman/ Prabhu Edouard/ Florent Nisse -- Floating


Photo: Jean-François Viaud
Le 7 août à l'espace Soubeyran du Crest Jazz festival 

Après le concert Blue Maqam de Renaud Garcia-Fons, la soirée se poursuit à l’Espace Soubeyran avec un souffle tout aussi oriental. C’est à présent le quartet d’Emile Parisien avec le projet Floating. Cette fois-ci le souffle se fait brise, le flottement évoqué plane dans l’atmosphère comme une fragrance exotique.

Le saxophoniste semble produire comme des lamentations de son soprano. Tandis que Yaron Herman au piano suit la mélodie avec un touché délicat dans les aigus. Le pianiste n’a pas un jeu percussif, sa finesse lui permet d’être plus près de la mélodie que du rythme. A la contrebasse Florent Nisse ajoute sa mélodie à celle du piano pour qu’elles s’entremêlent. Son instrument généralement dans le registre de la section rythmique est là aussi dans celui de la mélodie et de la fluidité. Seul Prabhu Edouard avec ses percussions indiennes rythme les échanges de ce soir. Il est le seul à structurer rythmiquement ce flottement proposé par le projet de la formation.

Les quatre instrumentistes ont tous une place importante dans l’interprétation. Leurs sonorités s’articulent et s’entremêlent dans différentes configurations. Ils prennent tour à tour les introductions des morceaux pour en faire une longue improvisation et une mélodie qui s’apparente à un discours. Souvent ils sont suivis par un instrument qui reprend le thème pour développer un nouveau solo. Lorsque le pianiste, le contrebassiste et le percussionniste entremêlent leurs mélodies cela créé un tapis de notes sur lequel le saxophoniste peut s’envoler et flotter vers l’improvisation. Les quatre musiciens mettent de l’intensité dans leur musique. En faisant monter le tempo crescendo comme dans le boléro de Ravel sur l’un des titres.

Le répertoire de la soirée est varié. De nombreuses compositions d’Émile Parisien sont interprétées comme 66 et Bonbon. Les compositions de Yaron Herman sont nombreuses à être jouées également, comme Nusrat par exemple en rappel. Pour le dernier titre, c’est une composition hybride du saxophoniste et du pianiste qu’il ont prit l’habitude d’interpréter en mémoire de Michel Portal. L’hommage est émouvant. En reprise, c’est un titre d’Anouar Brahem, en harmonie avec le répertoire du groupe.

Nous n’avons pas l’impression qu’il y a un leader et ses partenaires dans ce projet. Mais plutôt un équilibre entre quatre personnalités et quatre sonorités. Les percussions indiennes de Prabhu Edouard et l’improvisation collective rappellent l’esprit du Mahavishnu Orchestra. Mais au-delà de cette coloration musicale les introductions orientales et les longs solos donnent une impression de moments suspendus. De ces moments qui nous amènent en apesanteur et le flottement de ce projet nous guide vers un état méditatif.

JazzFrançois Viaud 

Line Up :
Émile Parisien (saxophone soprano) / Yaron Herman (piano) / Florent Nisse (contrebasse) / Prabhu Edouard (percussions).

 Ici sans Florent Nisse avec Linda May Han Oh à la contrebasse

Crest Jazz festival: Renaud Garcia-Fons – Blue Maqam

Photo: Jean-Francois Viaud

Le 7 août à l'espace Soubeyran du Crest Jazz festival 

Un souffle de fraîcheur inattendu enveloppe l’Espace Soubeyran. Il nous procure une pause dans cette période de canicule et semble venir de la Méditerranée. L’archet du contrebassiste percute et rebondi sur les cordes, c’est le style bien particulier de Renaud Garcia-Fons. L’esprit de l’orient flotte sur l’Espace Soubeyran. Puis l’archet frotté sur les cordes donne à cet Orient un aspect mélancolique. La voix de Solea Garcia-Fons rejoint la contrebasse avec un chant en langue Grecque. Stephan Caracci au vibraphone et Jean-Luc Di Fraya aux percussions les accompagnent avec un rythme doux.

Le jeu du contrebassiste est toujours aussi varié. Les cordes sont frottées et percutées avec l’archet ou pincées en pizzicato. La contrebasse qui est habituellement un instrument à cordes frottées ou pincées devient aussi un instrument à percussion. Cette variété de jeu et de sonorités apporte beaucoup de sensations et d’émotions de voyage dans la musique. Comme à son habitude, le contrebassiste nous invite à un voyage dans les sonorités de la Méditerranée et du Moyen-Orient. Il ajoute à présent la voix dans son répertoire, et c’est sa fille qui nous conte la Méditerranée en plusieurs langues.

La jeune chanteuse interprète les chansons dans un tourbillon de langues méditerranéennes. Du grec à l’espagnol en passant par l’hébreu, l’arabe et le français. Dans chacune des langues, la voix est posée et claire, parfois sensuelle et souvent spirituelle. La chanson en hébreux et la chanson en arabe sont enchaînées à la suite l’une de l’autre sans coupure ; comme pour ne pas oublier le lien de proximité que ne devrait pas éloigner les deux peuples. Le thème est celui de la paix. Sur la dernière chanson avant le rappel, qui est chantée en français et qui évoque l’amour, est interprétée comme un poème.

Le percussionniste et le vibraphoniste apporte un accompagnement raffiné. Le percussionniste utilise délicatement ses tambours qu’il frappe souvent avec les mailloches pour créer un son de basse. Ses baguettes dansent sur les cymbales dont les sons métalliques se superposent aux sons du vibraphone. Le mélange de ces sons aigus, dialoguent et se répondent. La finesse du jeu sur les lames du vibraphone fait penser à des gouttelettes d’eau qui perlent entre les arpèges des cordes de la contrebasse. Le percussionniste frappe aussi ses tambours à mains nues, ce qui donne une impression de rythme traditionnel. Cette impression d’air traditionnel est complétée lorsque le vibraphoniste joue du marimba.

Pour le rappel, Renaud et Solea Garcia-Fons interprètent un morceau en duo. Pour cette chanson émouvante, la fille chante à nouveau en espagnol et le père rythme le thème en frottant et frappant délicatement les cordes de son instrument. L’association originale des instruments est rare dans un groupe. Cela enrichit les sonorités variées et complexes. La palette des sons et des timbres permet de mélanger les styles musicaux pour notre plus grand plaisir. L’apport sensuel et spirituel de la voix augmente la musique de Renaud Garcia-Fons.

JazzFrançois Viaud 

Line Up :
Renaud Garcia-Fons (contrebasse)/ Solea Garcia-Fons (chant)/ Stephan Caracci (vibraphone) / Jean-Luc Di Fraya (percussions). 

 

ça donne ce joli clip   

Crest Jazz festival: Erik Truffaz & Antonio Lizana – New Sketches of Spain

Photo: Franck Benedetto
Le 6 août à l'espace Soubeyran du Crest Jazz festival

C’est le concert qu’il fallait voir à Crest cet été, c’est aussi un des concerts que les festivals devaient programmer cette année ! Voici une nouvelle commémoration du centenaire de la naissance de Miles Davis. En cette année 2026, les hommages sont nombreux. Nous avons vu la tournée We Want Miles organisée par Marcus Miller et ses coéquipiers de l’album éponyme. Voir ici. Ainsi que la célébration de la collaboration du trompettiste avec son conscrit John Coltrane, par Terence Blanchard et Ravi Coltrane. Voir ici . Cette fois c’est la rencontre entre le trompettiste suisse Erik Truffaz et le saxophoniste et chanteur espagnol Antonio Lizana qui font revivre un monument créé par le trompettiste américain et le pianiste, arrangeur, compositeur et chef d'orchestre Gil Evans.

Sketches of Spain est un album de Miles Davis qui a été enregistré en deux sessions ; en novembre 1959 ainsi qu'en mars 1960. Il est sorti en juillet 1960. C’est la quatrième collaboration avec Gil Evans pour les arrangements après Birth of the cool, Miles Ahead et Porgy and Bess. Vient ensuite leur dernière collaboration avec Quiet Nights. Pour ces « esquisses d’Espagne », l’arrangeur a aussi écrit certaines compositions en complément du Concierto d’Aranjuez de Joaquin Rodrigo et de la Chanson du feu follet extraite du ballet-pantomime L’Amour Sorcier de Manuel de Falla. Pour ses compositions il s’est inspiré d’une chanson traditionnelle de Galice (The Pan Piper-La flûte de pan), d’une mélodie flamenco (Solea) et d’un chant religieux entonné lors des processions de la Semaine Sainte (Saeta).

C’est Pau Figueres qui ouvre ces New Sketches of Spain à la guitare flamenco. Le trompettiste le rejoint sur scène avec la mélodie du Concierto d’Aranjuez. Le morceau traditionnel prend de l’amplitude avec la section rythmique composée de Arin Keshishi à la basse électrique, Manuel de la Torre à la batterie et Vincent Thomas aux percussions. La sonorité est veloutée lorsque Antonio Lizana au saxophone alto et Renaud Gabriel Pion à la clarinette basse, rejoignent le trompettiste sur le thème. Le classique de la musique espagnole devient fougueux et moderne quand la danseuse flamenco, Sara Sanchez entre en scène accompagnée par le chant flamenco d’Antonio Lizana. Tout au long de ses interventions la danseuse dessine « ses esquisses d’Espagne » avec ses pas de danse et ses formes de corps. Souvent habillée de rouge elle trace avec sa gestuelle, les feux follets mais aussi les flammes d’un brasier ardent. Avec son chant flamenco intense et sincère, Antonio Lizana, attise ce feu spirituel. Les timbres de la batterie et des percussions sont riches et variés, surtout lorsque la sonorité sèche des baguettes du batteurs se mêlent à la sonorité sourde des mailloches du percussionniste. Leur accompagnement soutient parfaitement le solo du saxophone alto. Le retour du thème à la guitare flamenco seule, boucle le thème avec la mélodie de cette pièce maîtresse.

Photo: Franck Benedetto

Avec ce premier titre nous sommes déjà projetés dans l’ambiance exubérante de l’Espagne. Nous pouvons associer à ces esquisses musicales, les esquisses picturales du Greco pour les scènes de la vie courante ou celles de Picasso pour les scènes de tauromachie. Les esquisses littéraires de Théophile Gauthier avec son Voyage en Espagne, nous viennent également à l’esprit. Avec ses mots il peint, la chaleur, la lumière et l’esthétique de ce pays comme un exotisme. Toutes ces images se retrouvent dans les introductions à la trompette ou à la guitare, dans les solos à la flûte traversière, au saxophone alto ou à la clarinette basse. Mais aussi dans les duos. Le son velouté et grave de la clarinette basse associé à la finesse des aigus de la flûte traversière soutiennent à merveille les thèmes espagnols interprétés par le trompettiste. L’esprit flamenco est sublimé par l’association de la trompette avec la guitare mais aussi par la complémentarité de la trompette et le chant. Le mariage des aigus de la trompette avec le son de basse de la clarinette donne beaucoup de profondeur aux thèmes interprétés.

Les rythmiciens sont très présents pour fournir cette ossature rythmique qui soutient cet édifice musical où se mêlent différents styles. Les timbres de la batterie augmentés de ceux des percussions multiplient les sonorités de tambours et de cymbales. Ils donnent une couleur latine aux sonorités. Ils vont aussi permettre au bassiste d’interpréter un solo délicat et envoûtant. Lorsque qu’elle n’est pas flamenca la guitare entre dans les rangs de la section rythmique pour augmenter le rythme de ses six cordes.

La fusion entre les styles est complète ce soir. Les instruments passent par l’Espagne traditionnelle avec son flamenco incontournable imprégné d’Orient. Surtout avec la guitare, la trompette et les percussions, sans oublier le chant et la danse. Le passage par le jazz est aussi exécuté par le trompettiste lorsqu’il change de registre mais aussi avec les solos du saxophoniste alto. Nous touchons à la structure de la musique classiques avec les arrangements du clarinettiste basse, surtout lorsque qu’il revient sur le thème musical accompagné des deux autres soufflants ; la trompette et le saxophone alto ou la flûte traversière.

Ce mélange des styles est souvent présent. Pour Solea, la danseuse flamenco danse sur un solo jazz de saxophone alto. Les trois cuivres et bois interprètent le thème de manière jazz avec un trait de flamenco souligné par la guitare. Sur l’interprétation de Saeta, l’esprit de la procession est exprimé par le jeu de la trompette et un chant d’inspiration orientale. Les tambours de la batterie et des percussions martèlent le rythme de la marche. La reprise du thème par la rondeur de la clarinette basse apporte une touche classique.

Ce concert hommage, retranscrit bien la fusion du jazz, du classique et de la musique traditionnelle espagnole comme l’avaient déjà réinterprété et arrangé Miles Davis et Gil Evans. Mais il va au-delà, avec une extension du thème de la tradition espagnole comprenant le chant et la danse flamenco. Erik Truffaz et Antonio Lizana, les deux sorciers de la musique, ainsi que leur magnifique formation ont convoqué la spiritualité du jazz et du flamenco et c’est la fusion du feeling et du duende qu’ils ont parfaitement réussi.

JazzFrançois Viaud 

Line-up :
Erik Truffaz (trompette)/ Antonio Lizana (chant, saxophone alto, flûte) / Renaud Gabriel Pion (clarinette basse, cor anglais, arrangements) / Sara Sanchez (danse flamenco)/ Pau Figueres (guitare flamenco), Arin Keshishi (basse électrique) / Manuel de la Torre (batterie) / Vincent Thomas (percussions).

 

Crest Jazz festival: Mélina Tobiana Quintet

Photo: Jean-François Viaud
 Le 6 août à l'espace Soubeyran du Crest Jazz festival

C’est un jazz vocal festif que nous propose Mélina Tobiana en Quintet. On a l’impression de retrouver le festival Crest Jazz Vocal des années 90’ et 2000. Celui qui accueillait sur la scène de Soubeyran les grandes chanteuses de jazz ; Nina Simone, Dianne Reeves, Diana Krall, Patricia Barber…et tant d’autres.

La chanteuse s’appuie sur un triptyque solide pour la rythmique. Avec Edouard Monnin au piano, Thomas Posner à la contrebasse et Clément Brajtman à la batterie et au chant. Le pianiste propose tout aussi bien des envolées lyriques pour prendre des solos que des accompagnements délicats et épurés pour soutenir la voix de la chanteuse. Le contrebassiste renforce le rythme avec jeu délicat et prend des solos mélodiques dans les arpèges. Le batteur accompagne le rythme de manière énergique et s’adapte aux balades avec un jeu délicat avec les mains directement sur les peaux de ses tambours. Gustave Reichert à la guitare et au chant, vient avec son instrument prolonger la voix de la chanteuse avec des riffs jazz, rock et funky. Ce qui donne une ouverture moderne aux chansons de cette soirée.

Le répertoire est varié avec des compositions personnelles mais aussi de nombreuses reprises. Parmi les compositions originales nous retrouvons I Was Born a Woman qui est interprétée à trois voix avec le batteur, le guitariste et la chanteuse. L’interprète est aussi une jeune maman qui a écrit une chanson émouvante en français pour sa fille, La chanson d’Anouk. L’enfant écoute pour la première fois sa mère lui interpréter cette dédicace en live. Pour les reprises, il y a I Can See Clearly Now de Jimmy Cliff, Don’t Cry for Louie de Vaya Con Dios et Maraba Blue d’Abdullah Ibrahim, instrumental sur lequel la chanteuse a ajouté des paroles. Un blues est interprété en rappel.

Cette première partie est enthousiaste et joyeuse, à l’image de la voix de la chanteuse qui est enjouée et dont la prononciation de l’anglais est agréable et maitrisée. Le public accueille avec engouement ce concert dont les fondamentaux du jazz classique sont présent. On retrouve les influences du gospel et du folk dans certains morceaux. Sans oublier une ouverture vers le rock, la pop et la chanson qui apportent de la fraîcheur à ce concert.

JazzFrançois Viaud 

Line Up :
Mélina Tobiana (chant) / Gustave Reichert (chant, guitare) / Edouard Monnin (piano) / Thomas Posner (contrebasse) / Clément Brajtman (chant, batterie).

 

lundi 13 juillet 2026

Jazz à Vienne 2026: The Get down


Dans un vrombissement d’enfer, Laurent Coulondre, ouvre le concert à l’orgue Hammond B3. Il le fait ronfler comme on pousse un moteur, on a l’impression d’être dans une église à l’occasion d’un office avec un chant gospel. Arnaud Dolmen le rejoint et appui avec une frappe forte à la batterie, un rythme qui est imprégnée de l’esprit antillais. Le ton est donné pour ce concert du The Get Down des deux musiciens qui figurent sur l’album de ce projet. Seul Grégory Privat également sur l’album n’est pas présent à Vienne ce soir. The Get Down est une expression de New York qui « veut dire jouer de la musique ou danser, de manière efficace et contagieuse… et prendre du bon temps à faire la fête ». Ce peut être aussi défini comme un moment paroxystique où l’on se trouve au plus haut d’une sensation ou d’une émotion.

Le trio d’origine de The Get Down prend l’allure d’un collectif. Initialement, Laurent Coulondre et Grégory Privat partagent les claviers ; l’orgue et le piano. Ce soir la section de touches ivoires et ébènes est augmentée de Rolando Luna au piano et Mario Canonge au clavier Rhodes. Le premier apporte sa touche cubaine et le deuxième complète la touche antillaise. Il faut noter que les deux instrumentistes vont intervertir régulièrement leurs claviers dans la soirée. Avec Laurent Coulondre à l’orgue on va assister à des battles de touches, des envolées de notes et des joutes amicales entre les trois tonalités de claviers. Mais aussi des duos et des dialogues musicalement riches entre eux.

S’ajoute une section de cuivres avec Melodie Spartacus à la flûte traversière et au chant, Ferdi au saxophone alto et Yasek Manzano à la trompette. La flûte traversière a une sonorité fine et aigüe tout en étant un peu caribéenne. Le saxophoniste alto apporte le rythme puissant et rapide du jazz, tandis que le trompettiste complète avec une influence sud-américaine. Les trois instruments à vent donnent un air de fanfare à la fois New-Orleans et antillaise.

Le batteur est le véritable pivot de ce groupe. La batterie est l’instrument principal du jazz et des musiques improvisées qui doit soutenir l’édifice musical. Arnaud Dolmen remplit à merveille la mission. Originaire de la Guadeloupe, le jeu du frappeur est influencé par le gwoka, les tambours traditionnels de l’Ile.

Plusieurs titres de l’album The GetDown sont interprétés. Le concert est complété par un répertoire antillais et caribéen. De la biguine traditionnelle au Zouk enflammé, en passant par la musique cubaine c’est la fête de tout l’arc des caraïbes. Les nombreux breaks musicaux sur les contretemps relancent sans cesse la dynamique du rythme pour notre plus grand bonheur. Ce GetDown, nous fait lever pour danser tout en nous élevant l’âme. Nous prenons du bon temps et c’est véritablement contagieux !

 JazzFrançois Viaud

 Line-up :
Laurent Coulondre (orgue)
Arnaud Dolmen (batterie)
Melodie Spartacus (flûte traversière, voix)
Ferdi (saxophone alto)
Yasek Manzano (trompette)
Rolando Luna (piano, claviers)
Mario Canonge (piano, claviers)

 

Jazzà Vienne 2026 : Maria Schneider & Clasijazz big band feat. Antonio Lizana Focus Espagne

Photo: JF Viaud
 C’est sur une introduction délicate aux percussions comme des piaillements d’oiseaux avec le souffle léger des cuivres et des bois que démarre ce concert du Clasijazz Big Band. Il est composé de musiciennes et musiciens espagnols avec Antonio Lizana en invité spécial et dirigé par Maria Schneider. Ce groupe fait partie des artistes du pays invité de cette édition. Nous ne sommes pas nombreux dans l’amphithéâtre, cela devient la norme pour une soirée purement jazz et c’est particulièrement décevant pour la qualité musicale des trois sets de la soirée, dont celui-ci et le deuxième.

La chef d’orchestre a commencé l’étude de la musique classique avec la pianiste Evelyn Butler, puis poursuivit sa formation de la composition avec Bob Brookmeyer, signe ses premiers arrangements pour Mel Lewis et devient ensuite l’assistante de Gil Evans. Elle mène ce soir la formation de main de maître dans un gant de velours ou de dentelle.

L’émotion est partagée ce soir avec le soliste principal, Antonio Lizana qui alterne chant flamenco et saxophone alto. On parle beaucoup de ce jeune prodige qui est à l’affiche de nombreuses collaborations musicales cet été. Son chant est doux et peu enflammé, seulement vers les derniers morceaux son chant monte en puissance. Un échange avec l’accordéoniste sur un air inspiré du tango où se mêle le chant flamenco donne un mélange de sonorités latines. Sur un autre duo l’accordéoniste s’accompagne en sifflotant tout en jouant dans un registre aigu, accompagné par la clarinette contrebasse. Nous sommes suspendus comme en apesanteur dans une sensation de douceur.

La section de cuivre est composée de cinq trompettistes et buglistes, quatre trombonistes plus les flûtes. Il faut ajouter pour les soufflants cinq saxophonistes toutes tessitures confondues, plus l’invité à l’alto et les clarinettistes. Une telle richesse de variété des sons dans une section de cuivres et de bois et rare. Cette formation dont le nom est Clasijazz Big Band, nous fait également penser à la qualité d’un orchestre symphonique. Nous en profitons avec gourmandise quand la puissance délicate emporte le thème interprété. Certains passages font penser à une musique de film. Cette richesse sonore nous permet d’apprécier plusieurs solos ; de saxophone alto, de ténor, de baryton, de bugle, de trompette, de trombone. Tous aussi virtuoses les uns que les autres.

Tout aussi fine mais bien présente la section rythmique soutien cet édifice avec constance. La batterie n’est jamais trop forte et souvent délicate avec un jeu de cymbales et parfois de mailloches sur les tambours. Elle est augmentée de deux cajons pour les percussions qui s’accordent parfaitement au chant flamenco. Le rythme de la contrebasse est également un soutien précieux de la section qui prend un solo délicat. Tout aussi discret mais essentiels la guitare et le piano contribuent à la rythmique et sont bien présent au démarrage de titre avec une introduction chacun.

Le concert se termine sur un chant flamenco sur lequel le chanteur s’accompagne au saxophone soprano. Le mélange est surprenant avec la douceur du soprano qui semble être une extension de la voix flamenca énergique. Les cuivres et les bois viennent soutenir cette sensation. Nous ne pouvons pas en rester là devant une standing ovation du public conquis. Les musiciens reviennent pour un rappel généreux. Cette fois le chanteur interprète sa chanson en anglais et la magie reprend avec la section des instruments à vent qui enveloppent de douceur et de sons veloutés son chant.

Nous sommes invités à un voyage dans la délicatesse et le raffinement ce soir. Ce n’est pas seulement le jazz et le classique qui sont mêlés, il y aussi l’influence du flamenco et du tango. Soit, la grande musique et trois genres puisant dans l’improvisation. Et la présence d’un Big Band sur scène est toujours un ravissement, surtout quand la douceur est l’alliée de la puissance. Notre plaisir ce soir se situe à la rencontre du duende et du feeling, mots difficilement traduisibles, mais qui pour le flamenco et le jazz et le blues signifient que l’on est transporté par l’émotion.

JazzFrançois Viaud  

Line-up :
Maria Schneider (direction musicale)/Antonio Lizana (saxophone alto, voix)
Philippe Thuriot (accordéon)
Irene Reig (saxophone soprano, saxophone alto, clarinette, flûte traversière)
Tete Leal (saxophone soprano, saxophone alto, piccolo, flûte traversière, flûte alto)
Pedro Cortejosa (saxophone soprano, saxophone ténor, clarinette, flûte traversière)
Enrique Oliver (saxophone ténor)
Francisco “Latino” Blanco (saxophone baryton, clarinette, clarinette basse, flûte traversière)
Joan Mar Sauqué (trompette)
Bruno Calvo (trompette)
Pep Garau (trompette)
Voro García (trompette)
Julian Sanchez (trompette)
Tomeu Garcías (trombone)
Miguel Moisés (trombone)
Pedro Pastor (trombone)
Jose Diego Sarabia (trombone)
Jaume Llombart (guitare)
Daahoud Salim (piano)
Pablo Mazuecos (piano)
Bori Albero (contrebasse)
Carlos Cortés (cajón, percussions)
Vincent Thomas (cajón, percussions)
Andreu Pitarch (batterie)


mercredi 8 juillet 2026

Jazz à Vienne 2026: Marcus Miller " We want Miles !"

Photo: JF Viaud
Théâtre antique Jazz à Vienne le samedi 4 juillet 2026.

Deuxième hommage pour le centenaire de Miles Davis ce soir à Jazz à Vienne. Cette fois, c’est le retour à la scène du trompettiste qui est célébré avec l’album live We Want Miles de 1981. C’est aussi l’année de la première édition du festival, dans lequel la légende du jazz passera pour la première fois trois ans plus tard en 1984.

Regroupé sous le nom ou l’initiative de Marcus Miller qui a beaucoup travailler avec le maître, on retrouve également la majorité des vieux lions qui ont joué avec Miles Davis à l’époque où ils étaient des jeunes loups. Bill Evans aux saxophones, Mike Stern à la guitare et Mino Cinelu aux percussions composent le groupe de vétérans. Seul Al Foster, qui est décédé il y a un an manque à l’appel. Celui qui a joué avec Miles Davis jusqu’à la première retraite du trompettiste de 1975 est le seul compagnon à être présent au retour de 1981. Se joignent à eux de jeunes musiciens pour compléter la formation avec Brett Williams aux claviers et Anwar Marshall à la batterie. Le rôle et l’incarnation du maître incombe à Russell Gunn avec un son de trompette troublant car il est très « davisien ».

Russel Gunn fait des apparitions tout au long du set pour prendre des solos puis s’efface pour laisser les autres musiciens s’exprimer. Il incarne la mémoire de Miles Davis avec un son très proche du trompettiste originaire de l’Illinois. Comme pour les précédents hommages orchestrés par Marcus Miller, on a l’impression que l’âme de Miles Davis, qui a marqué le festival, plane sur l’amphithéâtre.

Le début du concert est particulièrement émouvant avec en voix off, celle du trompettiste qui est passé quatre fois sur cette scène. Le jeu de la trompette, les rythmes posés par les percussions et la batterie et les effets sonores aux claviers font monter l’émotion et les poils sur les bras ! Et cela démarre comme à l’époque de Miles Davis sur les chapeaux de roues avec un groove et un drive d’enfer. Le trompettiste fait le lien entre les autres musiciens comme le faisait le maître. Les dialogues sur le thème commencent entre la guitare et la trompette.

Un deuxième morceau démarre en douceur pour s’emballer avec des musiciens qui lâchent ensuite les chevaux ! Le public connaisseur de la construction des thèmes par le trompettiste historique réagit avec enthousiasme. Chaque instrumentiste se lance à fond dans le groove, tous trouvent un espace personnel d’expression comme le faisait Miles Davis en mettant en avant l’un ou l’autre de ses partenaires. Russell Gunn joue très bien son rôle et relance le thème. Il est repris par la guitare rock puis les percussions prennent le relais tandis que le saxophone soprano fait un retour au thème les claviers électriques ajoutent une touche rock en échos à la guitare. La basse et la batterie assurent un rythme robuste sur lequel l’envolée de tous les solos est possible. Comme sur le live We Want Miles, l’espace d’un instant le percussionniste lance un magnifique solo qui se termine en duo avec le batteur comme sur l’album.

On revient au calme avec un blues également joué sur l’album live. Honneur au leader de la soirée avec une intro et des solos à la basse. Le bassiste interprète le thème et le rythme à la fois. Alternativement, après plusieurs break c’est le retour à la mélodie de ce blues.

Il faut noter que le son est excellent ce soir. Les réglages sont à la fois puissants et clairs. La musique se situe dans le registre du jazz-rock mais toutes les sonorités sont précises et détachées. Dans un excellent français, le bassiste présente les trois premiers titres qui sont issus de l’album live We Want Miles. Il indique que le premier est Aïda, nom que l’on retrouve en fait sur l’album The Man With The Horn et qui est repris sur l’album live mais qui pourrait être renommé Fast Time. Le second est Fast Track sur lequel Mino Cinelu a repris son fameux solo de percussions. Le troisième est My Man's Gone Now de DuBose Heyward et George Gershwin qui est interprété sur un air de blues.

Le leader nous propose ensuite de rester dans les années 80’ avec deux titres qui ne font pas partie de l’album mais qui sont dans l’esprit de cette époque. Ce sont deux morceaux que Marcus Miller a composé pour Miles Davis. Catembe fait partie d’Amandla, album très influencé par la musique africaine et la musique antillaise de Kassav’. Les percussions et la batterie le retranscrivent bien à travers le rythme. Avec la trompette de Russell Gunn l’âme de Miles Davis plane à nouveau au-dessus de la scène. Toujours issu d’Amandla ils poursuivent avec Hannibal. L’introduction à la basse et aux percussions avec la mélodie sur les claviers nous replonge dans la mémoire des concerts des années 80’. Le thème interprété avec des notes longues par la trompette donne le son feutré et aigu de l’époque.

Le bassiste nous projette ensuite un peu plus loin vers les années 70’ avec un mélange de In A Silent Away et de Bitches Brew. Il nous fait remonter jusqu’à la période modale et la période de la création du jazz-rock. Le côté planant du premier thème est porté par la guitare, les percussions et la batterie. La mélodie envoutante est reprise par le saxophone soprano et la clarinette basse. Les claviers ajoutent des effets, tandis que le batteurs soutien le rythme dans un son feutré aux mailloches. Tout s’emballe lors du passage à Bitches Brew avec un thème très soutenu par la trompette et le saxophone soprano.


Pour terminer la soirée, Marcus Miller présente une mélodie facile et entêtante que Miles Davis aimait beaucoup et qu’il avait retravaillé. Le bassiste entraîne le public à taper dans les mains et fredonner la mélodie de Jean-Pierre. Le thème passe de la trompette au saxophone soprano puis à la guitare. Celle-ci sort du thème pour un long solo accompagné par les cymbales de la batterie et le saxophone soprano qui se termine par une standing ovation du public déchaîné.

C’est avec la composition du bassiste Tutu que le groupe accorde un rappel. Sur une rythmique puissante de la batterie et de la basse, le thème est repris par la trompette et le saxophone ténor avec des effets sonores du clavier. Les vieux lions sont de toute évidence heureux de rejouer ensemble et de retrouver leur jeunesse auprès de Miles Davis. Ce set aura fait le lien entre la période électrique des années 70’, la reprise de 1981 avec We Want Miles et les dix années suivantes un peu plus pop et variétés. Le public est décidément conquis et l’on peut affirmer avec un amphithéâtre plein à craquer que depuis toutes ces années après la disparition du Maestro, NOUS VOULONS (ENCORE ET TOUJOURS) MILES !


Setlist :

Photo: JC Viaud


Aïda
Fast Track
My Man's Gone Now
Catembe
Hannibal
In A Silent Away
Bitches Brew.
Jean-Pierre
Tutu

Line-up :
Marcus Miller (basse, clarinette basse) / Bill Evans (saxophones) / Mike Stern (guitare) / Mino Cinelu (percussions) / Russell Gunn (trompette)

 JazzFrançois Viaud 

 

 

Jazz à Vienne 2026: Terence Blanchard & Ravi Coltrane « Miles Coltrane – Legacy »

Photo: JF Viaud

 Théâtre antique Jazz à Vienne le samedi 4 juillet 2026.

Voici l’hommage au centenaire de deux conscrits. L’un peut être qualifié d’épicurien pour avoir fait évoluer considérablement la musique du XXème siècle et inventé trois ou quatre styles de jazz. L’autre peut être caractérisé de stoïcien pour avoir creusé son sillon dès qu’il a trouvé sa voie. De manière introspective, il s’est dirigé vers une musique spirituelle et mystique. Ce concert rend hommage à Miles Davis et John Coltrane et rétablit un peu d’équité car l’on ne parle que du centenaire de la naissance du trompettiste, alors que le saxophoniste avait le même âge. Cela vient sans doute du fait que John Coltrane est décédé en 1967 et que nous n’avons pas eu l’occasion de le voir en concert même si sa musique a marqué le monde du jazz. Miles Davis a fait son retour à la scène en 1981 et jusqu’à sa disparition en 1991 nous avons eu le temps de le voir en concert et notamment à quatre reprises sur la scène de l’amphithéâtre.

Pour ce témoignage, ce sont deux fils qui leur rendent hommage. Terence Blanchard à la trompette, fils spirituel de Miles Davis et Ravi Coltrane au saxophone fils de John et Alice Coltrane. Ils célèbrent surtout la complicité créatrice de ces deux géants du jazz. En attendant presque deux ans que John Coltrane soit libre de son contrat d’exclusivité pour l’intégrer à son premier quintet légendaire, Miles Davis avait déjà fait preuve d’intuition au sujet du potentiel et du talent du saxophoniste.

Sur une introduction planante à la guitare, Charles Altura démarre le concert. Il est très présent tout au long du set avec une sonorité rock. Dans ce registre Julian Pollack aux claviers et David “DJ” Ginyard à la basse l’accompagne pour la rythmique. Oscar Seaton à la batterie martèle un rythme puissant en accentuant les contre-temps. Terence Blanchard attaque ce premier titre moderne avec un style proche de celui de Miles Davis mais une sonorité complètement différente.

Pour le second morceau c’est le saxophoniste qui introduit Flamenco Sketches. Sa sonorité est franche et velouté, son jeu est fluide sur de long solo à la manière de son père. Il en fait la démonstration tout au long du concert. Le trompettiste prend le solo à son tour et se passent le thème pour ensuite se retrouver à l’unisson. Ils mixent se titre de l’album Kind Of Blue avec On Green Dolphin street et passent de l’un à l’autre. La guitare électrique aux sonorités rock entre dans les échanges pour donner une coloration moderne au thème.

Terence Blanchard, entame un nouveau titre, on reconnaît la mélodie douce de Someday My prince Will Come. Ravi Coltrane le rejoint sur le thème pour emporter l’air dans un long solo à la manière de John Coltrane. La guitare vient apporter son style jazz-rock jusqu’à un nouveau mélange de thème, cette fois-ci avec All Blues. Pour ce passage le clavier passe sur le Steinway pour interpréter le rythme. Il est suivi par la basse électrique et la guitare.

C’est sur le thème Two Bass It, de l’album Milestone qui précède chronologiquement Kind Of Blue que les musiciens vont revisiter de manière moderne ce style Be Bop. Les solos aux claviers électriques et à la basse sont d’inspiration rock, tandis que le batteur joue en décalage sur les contre-temps avec une frappe sèches et franche. Le trompettiste et le saxophoniste peuvent à présent s’exprimer dans le long solo alternatif. Sur Blue In Green les solos sont étirés par la trompette et allongés et veloutés par le saxophone. Les tambours de la batterie sont délicatement caressés par les balais.

Avec des thèmes des albums Kind of Blue et Milestone, les musiciens ont choisi un répertoire ancien et riche de la collaboration des deux légendes. Cet hommage est une réinterprétation moderne d’une musique intemporelle et c’est agréable de voir que ce patrimoine peut à nouveau être vivant et réinventé. Les effets ajoutés à la trompette par les différentes pédales donnent un son qui ne semble pas naturel. Cela éloigne le jeu de la trompette du répertoire de cette époque.


Line-up : Ravi Coltrane (saxophones) /Terence Blanchard (trompette)/ Charles Altura (guitare) /Julian Pollack (claviers)/ David “DJ” Ginyard (basse) /Oscar Seaton (batterie)

 JazzFrançois Viaud

 

lundi 29 juin 2026

Stefano Di Battista Quintet : La dolce Vita à Jazz à Vienne

 

Photo:JF Viaud

Théâtre antique Jazz à Vienne le 25 juin 2026 

C’est la belle vie quand le festival Jazz à Vienne commence ! Et pour cette 45ème édition c’est chaud, au sens propre avec un amphithéâtre sous les 38°C annoncés, et au sens figuré avec « La dolce Vita » du Stefano Di Battista Quintet.

Fred Nardin ouvre le concert au piano avec beaucoup d’engagement dans son jeu et un touché dans le style du Bop qu’il gardera tout au long du set. Il introduit le classique Tu vuò fa l’americano qui sera comme tous les autres titres du répertoire de la chanson et de la musique italienne joué de manière jazz. Il est accompagné à la section rythmique, de Daniele Sorrentino à la contrebasse qui donne une trame rythmique solide et de très beaux solos mélodiques. Ainsi que du doyen, André Ceccarelli à la batterie dont la pulsion est toute jeune ! Son jeu et précis et puissant aux baguettes, doux et délicat aux balais et aéré sur les cymbales. Sur les reprises de musique de film, il fait danser ses tambours et l’on a l’impression que le rythme galope comme dans un western.

Cette section de choc est au service des mélodies du répertoire italien et soutien avec brio le leader Stefano Di Battista aux saxophones et le cadet du quintet, Matteo Cutello à la trompette. Ce jeune Sicilien est déjà un virtuose après quatre années passées à la prestigieuse école, Berklee College of Music de Boston. Avec un jeu très technique et une sonorité précise et personnelle, il met beaucoup d’émotion dans ses solos et notamment pour l’interprétation de Caruso de Lucio Dalla. Sur les thèmes de musiques de films La Vita è Bella et ceux d’Ennio Morricone, Il était une fois dans l’Ouest et Le bon, la brute et le truand les phrasés du saxophoniste et du trompettiste sont veloutés. Sur les classiques du répertoire italien comme Tu vuò fa l’americano et Volare – (Nel blu dipinto di blu) c’est l’esprit festif et la joie de vivre de la péninsule qui l’emporte. Stefano Di Battista anime dans un excellent français le concert et entraine le public dans cet esprit festif. Nous sommes ravis de jouer le jeu !

Photo: JF Viaud

Le Quintet est en osmose. Que ce soit tout en puissance avec les morceaux entrainants ou en douceur et en introspection sur les balades. Les mélodies de film sont interprétées avec émotion et ravissement. Chaque musicien a son espace d’expression et se détache pour des solos. L’écoute est attentive entre eux. Du cadet à la trompette, au vétéran à la batterie, ce quintet intergénérationnel fonctionne à merveille.

Le saxophoniste va livrer deux moments forts d’émotion personnelle. Lorsqu’il accueil sa fille sur scène pour l’embrasser car elle a dix-huit ans le jour de ce set. Et à l’occasion d’une confession, lorsqu’il a rencontré Ennio Morricone durant une fête à Rome. Le Maestro a composé le soir même un morceau qu’il a offert au saxophoniste. Avec émotion et humilité Stefano Di Battista n’en revient toujours pas et nous l’interprète.



Lors du premier rappel, sur un titre d’inspiration New-Orleans, Stefano Di Battista montre sa proximité avec son public. Il descend de la scène accompagnée du trompettiste et ils viennent jouer jusque dans les premières rangées de gradins. Le trio rythmique, resté sur scène soutien de son engagement les solistes. C’est avec générosité qu’ils partagent l’émotion musicale jusqu’à la communion. En remerciement, le public offre une longue et sincère standing ovation. Pour que la vie soit belle, il suffit peut-être que la fête le soit aussi.

JazzFrançois Viaud


 

Set List :
1/ Tu vuò fa l’americano (Auteur Nicola Salerno, Compositeur Renato Carosone)

2/ La vita è bella (BO par Nicola Piovani)
3/ Caruso (Lucio Dalla)
4/ Via con me (Paolo Conté)
5/ Il était une fois dans l’Ouest (BO Ennio Morricone)
6/ Volare - Nel blu dipinto di blu (Auteur Franco Migliacci, Auteur-compositeur Domenico Modugno)
7/ Composition d’Ennio Morricone pour Stefano Di Battista
8/ Le bon, la brute et le truand (BO Ennio Morricone)
9/ Rappel 1
10/ Rappel 2
11/ Rappel 3 ; Mission (BO Ennio Morricone)

Line-up :

Stefano Di Battista (saxophones) / Matteo Cutello (trompette) / Fred Nardin (piano) /Daniele Sorrentino (contrebasse) / André Ceccarelli (batterie)

"Tu Vuo' Fa' L'americano" | Jazz in Marciac 2025

lundi 8 septembre 2025

Hugh Coltman à Jazz au sommet


 Le 5 septembre à Saint Genest Malifaux.

Après les talents émergents du groupe Moustik Haterz en première partie, le festival accueille ce soir un artiste largement confirmé en la présence de Hugh Coltman, ce concert représentant le point d'orgue du 19 ème festival de Jazz au sommet.

Hugh Coltman est certainement le plus américain des chanteurs anglais vivant en France.
En effet il est Anglais,  il vit en France depuis plus de vingt ans mais sa musique est très influencée par celle des États Unis d'Amérique .   

Il présente ce soir son dernier projet "Good grief"  sorti en 2024 avec une équipe de musiciens de choc.
Laurent Vernerey à la contrebasse et Raphael Chassin Batterie ont accompagné tout les deux les plus grands artistes de l'hexagone : Johnny Hallyday, Claude Nougaro et j'en passe. Je garde un souvenir ému de la collaboration de Laurent Vernerey avec Didier Lockwood au sein de son groupe DLG.   

A la guitare Matthis Pascaud était annoncé c'est lui qui cosigne les compositions du dernier album,  mais c'est Julien Omé qui assure ce soir, la casquette vissée sur la tête comme un vrai américain. C'est exactement l'homme de la situation pour le répertoire du soir et il va faire plus qu'assurer le diable.

Les chansons du derniers album sont déroulées, ça commence par " Take away" une balade teintée de folk américain. Hugh Coltman à une belle voix un peu nasillarde qui sied parfaitement à ce répertoire. Entre blues et country comme pour rejouer à lui seul la confrontation historique du blues jouer par les noirs et la country préférées par les cowboy blancs.
Ici le blues est un peu loin des champs de coton c'est un blues moins root, et la country n'est pas en jean et blouson à frange mais en complet et chemise blanche.
Plutôt une musique de club donc qui fait penser à Tom Wait, et quand il a repris pendant son set un des succès du maître " Hold on" la filiation a été évidente.

 Les compositions sont efficaces tantôt langoureuses  comme "Man up" ou  "Mountain", à la recherche de l'inspiration en montagne; tantôt très enlevées comme  "Midlife Crisis" où le public est mis à contribution avec beaucoup d'entrain.  

Hugh Coltman est un artiste complet, il joue de la guitare et de l’harmonica tel un homme orchestre mais c'est un compteur aussi il partage dans ces textes des destins et des émotions;  hélas mon niveau d'anglais ne m'a pas permis d'en apprécier les subtilités et je le regrette. 

Le concert se termine par la reprise d'une chanson de Hank Williams de 1949  "I'm So Lonesome I Could Cry"  uniquement guitare et voix dans le pur esprit de la country d'antan. 

Il faut rendre hommage aux organisateurs du festival qui savent allier professionnalisme et convivialité, avec un coup de chapeau à l'ingénieur du son Olivier Bifaud qui a encore fait des merveilles ce soir. 

JazzMarc
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   Jazzmarc

Hugh Coltman  Voix Guitare /Julien Omé Guitare/ Laurent Vernerey Contrebasse/ Raphael Chassin Batterie

  

Jazz au sommet 2025 : Moustik Haterz


 Le 5 septembre à Saint Genest Malifaux.

 C'est la 19 ème édition de cet attachant festival au cœur du parc régional du Pilat, proche des sommets naturels et ceux du jazz pour quelques jours.

Pour cette deuxième journée le festival accueille en première partie de soirée les lauréats du tremplin organisé en février le groupe Moustik Haterz.

Ils viennent de Grenoble, se sont rencontrés au conservatoire, 3 filles et 2 garçons ce qui n'est pas banal. Ils sont en un mot : enthousiasmants. 

Ça démarre avec une mélodie venue des Balkans, le synthé planant de Tristan Maurin nous enveloppe, mais très vite le rythme et les ambiances changent. On passe de mélopées traditionnelles à du rock ou de l’électro en passant par du rhythm 'n' blues voir du reggae.

Un jazz fusion donc qui n'a pas de frontière ni de dogme. 

Malgré ces différents styles et des compositions assurées par chaque membre du groupe la cohérence de l'ensemble est solide.   

La rythmique est résolument rock, avec Tevy Pigeon à la guitare basse et Lalie Michalon à la batterie elles font bien plus qu'appuyer leurs partenaires.

Les deux saxophonistes,  Béryl Benveniste au Sax Soprano et Esteban Virot–Galera au SaxAlto, ont chacun leur moment de gloire. J'ai particulièrement apprécié la composition de Béryl tout en montée crescendo vers la transe, mâtinée d'improvisation. 

Jazz fusion : mon amour ! 

La scène émergente nous enchante, son jazz est bien vivant, fier de son glorieux passé mais bien ancré dans le présent. 

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 Jazzmarc

Béryl Benveniste, Saxophone Soprano /Esteban Virot–Galera, Saxophone Alto/Tristan Maurin, Claviers, Chant/Tevy Pigeon, Basse/ Lalie Michalon, Batterie

 

samedi 23 novembre 2024

Leïla Martial & Elie Dufour "Work in progress"

Photo: Jean-Pierre Jacquot
Photo: Jean-Pierre Jacquot
  Le 20 novembre 2024 au Périscope de Lyon

J'étais très enthousiaste par cette rencontre annoncée entre Leila Martial, formidable chanteuse fantasque, "Vocaliste multi-timbrée" comme elle aime à se présenter et Elie Dufour talentueux pianiste leader du trio de Jazz contemporain EYM.
Par ailleurs j'aime assez entrer dans une œuvre sans savoir vraiment où elle va m'entrainer et qu'elle me surprenne. Nous sommes nombreux visiblement ce soir au Périscope en mode "aventurier" à la découverte de la terra incognita de ces deux artistes et nous serons comblés.

Ça commence par une ritournelle sur le piano arrangé et la voix de Leila qui entame une lamentation enivrante dans une langue inconnue de tous.
Où sommes nous ?
Tantôt en Inde, tantôt dans les Balkans ou plus vraisemblablement dans un pays imaginaire où tous les fantasmes et toutes les fantaisies sont possibles.

Nous assistons à la première représentation d'un projet qui vient de naitre, la peinture est encore fraiche nous préviennent les artistes. C'est émouvant de penser que le moment est certainement unique, nous sommes au sortir de l'atelier avec eux. L'improvisation prend toute sa place; la complicité et le talent du duo nous masquant les risques pris. Plus tard les morceaux vont certainement évoluer vers plus de maitrise et d'automatisme. Aujourd'hui nous sommes des Indiana Jones!    

Et voici une composition de J-S Bach, une Partita pour ... violon!?
Après quelques cheminements pleins d'inventivité nous arrivons effectivement à un thème de musique Baroque pour repartir aussitôt vers un ailleurs.
Mais alors quand sommes nous?
Les artistes brouillent les pistes avec malice notamment en utilisant des instruments modernes et d'autres anciens comme l'Organetto . C'est un petit orgue portatif médiéval ressemblant à un accordéon à la verticale avec un soufflet,  un clavier et des tubes dont les sonorités sont plus proches d'une flute d'ailleurs.
Ils font feu de tout bois côté instruments: des séquenceurs, mais aussi des boites à musique à manivelle   voir des instruments bricolés.

"Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs..."
Ça y est je sais  : nous sommes à la messe !
ah non, nous voici sur le dance floor sur un rythme entêtant...

Les ambiances s'entrechoquent dans cette créativité débridée, nous sommes nous à chaque instant bousculés, surpris, ébahis.

C'est peu de dire que Leila Martial est en création permanente j'imagine qu'elle doit se surprendre elle même. Maitresse en improvisation, affichant une liberté qui semble à toute épreuve. La voix est certainement le plus bel instrument du monde, Leila semble, elle, prendre un plaisir gourmand à tout tenter avec la sienne.. avec brio. 

Elie Dufour "le pianiste voyageur" nous a lui, avec son trio EYM, déjà bien habitués à fusionner l'univers du jazz avec d'autres musiques du monde; le voici en collaboration avec une artiste qui ouvre encore les horizons au-delà des frontières et du temps voir du réel. Attentions aux limbes !

Après un deuxième concert à Saint-Étienne le duo a prévu de travailler encore pour présenter un projet final fin 2025. On a hâte bien sûr.

J'ai une proposition de nom pour ce projet: "C'est quand qu'on va où ?"  

JazzMarc
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Leila Martial en solo

 

 Elie Dufour avec son trio EYM

dimanche 14 juillet 2024

Mark Priore Trio à Jazz à Vienne


 Le 13 juillet 2024 Jazz à Vienne Scène de Cybèle.

C'est la dernière journée du festival aujourd'hui et quoi de mieux que de terminer avec la génération montante du jazz.

Mark Priore et son trio sont sur la scène de Cybèle; c'est un moment d'émotion pour lui qui a grandi dans la région.  
Il s'est formé notamment au contact de  Alfio Origlio et du regretté Mario Stantchev puis a intégré le Conservatoire National Supérieur de Paris. Il s'est produit depuis sur nombre de grandes scènes française et européennes. De nombreux prix à des concours prestigieux sont venus confirmer la reconnaissance de ses pairs.
La première fois que je l'ai écouté sur scène en 2019 (voir ici) il m'avait fortement impressionné dans un exercice qui consistait à reprendre le répertoire d'un des maîtres du piano jazz contemporain Brad Mehldau, Exercice auquel il s'était sorti plus que haut la main.
Depuis il a sorti l'année dernière un premier album en solo, mais c'est bien en trio que j'attendais ses premiers projets;  piano,basse,batterie: le trio emblématique du jazz.

C'est l'objet du concert du jour : présenter le premier album du Mark Priore Trio sorti lui en octobre


2023 "Initio"
L'ambition ici nous annonce Mark Priore est de mélanger la musique baroque et le jazz. Concernant la musique baroque il évoque Haendel ou Robert Shumann, côté jazz on entend effectivement l'influence d'Ahmad Jamal  ou de Dave Brubeck entre autre.

Ça commence par une montée crescendo qui de lancinante devient obsédante et dégénère en une folie maitrisée vers un apogée jouissif c'est " Orphée et Eurydice" qui ouvre l'album. Morceau qui s'inspire d'un épisode de la mythologie grecque où Orphée remonte Eurydice morte de l'antre de l'enfer.

Le trio va ensuite pour l'essentiel dérouler les autres titres de l'album ou on appréciera tantôt la  délicatesse et la légèreté comme sur " Roxana" ou l'énergie échevelée de "Air".

Outre la qualité des compositions la qualité d'un bon trio est bien la somme des talents des 3 protagonistes et assurément nous sommes bien servis avec cette fantastique rythmique constituée de  Juan Villarroel à la contrebasse et Elie Martin-Charrière à la batterie. Ils font preuve d'une cohésion parfaite avec leur leader et sont sources de propositions audacieuses et pertinentes.

Nous sommes pressés de les revoir en club dans des conditions plus feutrées. Dans tous les cas nous souhaitons longue vie à ce trio. 

JazzMarc

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Mark Priore : piano
Juan Villarroel : contrebasse
Elie Martin-Charrière : batterie

 

 

samedi 13 juillet 2024

Roberto Negro à la cathédral Saint Maurice pour Jazz à Vienne

 Le 11 juillet 2024 à la cathédrale Saint Maurice de Vienne

Un lieu majestueux s'il en est pour un concert: La cathédrale de Vienne.
Un des pianistes français les plus doués de sa génération
Une organisation du festival de Vienne au cordeau qui laisse la place à des concerts gratuits d'un très bon niveau.
Et pourtant!

Je me faisais une joie de retrouver Roberto Negro qui s'était fait plus rare sur les scènes de la région, cet artiste facétieux plein de talent et de fantaisie.
Il a décidé de proposer un concert en improvisation complète en annonçant qu'il y aurait "peut être" des fenêtres vers du répertoire.

J'avoue être resté en dehors du coup pendant tout le concert collé au plancher des vaches, sans ressentir d'émotion, ni trouver de fenêtre alors ... j'ai pris la porte.     

On dit que les voies de Dieu sont impénétrables; celle de l'improvisation aussi quelques fois. 

 

JazzMarc

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mercredi 10 juillet 2024

Babx au Musée des beaux arts à Vienne


Le lundi 8 Juillet au Musée des beaux arts pour Jazz à Vienne

Un lieu atypique pour un concert : c'est ça aussi Jazz à Vienne. Il n'est effectivement pas désagréable de cumuler les plaisirs en écoutant de la bonne zique au milieu d’œuvres picturales.
Le musée des beaux arts de Vienne se situe au centre de la ville au deuxième étage d'une ancienne hall aux grains.

C'est donc sous une verrière, entouré de tableaux du 16e au 19e siècles que s'installe Babx, alias David Babin, au piano. Il était la veille au soir sur la grande scène du théâtre antique devant 8000 personnes pour l'hommage à Claude Nougaro auquel il participait et le voici aujourd'hui sous le regard bienveillant de Napoléon devant une centaine de veinards. Quel choc! 

Dans cette configuration intimiste il se propose aujourd'hui de présenter principalement des morceaux de son album sorti en 2023 "Une maison avec un piano dedans" qu'il a composé uniquement pour piano solo.
Il fait cette annonce liminaire comme s'il s'excusait de ne pouvoir déployer tous ses talents d'auteur, compositeur, interprète, producteur, pianiste ... n'en jetez plus! Nous allons nous en contenter ...avec gourmandise!

Quelques notes lentes, très lentes commencent à vibrer pour finalement remplir toute la pièce, puis la musique se déploie; elle est cinématographique: Nous y sommes c'est " La maison avec un piano dedans". Morceau qui ouvre l'album et nous invite à entrer dans cette maison; voici le piano il sera la porte vers d'autres mondes encore, et d'autres histoires.

En voici  une "Milonga", nous nous retrouvons dans une salle de danse argentine. La musique est a elle seule évocatrice mais les tableaux nous invitent eux aussi à nous y plonger. Il y a parmi eux la représentation d'une salle de bal...  je m'y égare.

En voici une autre, nous sommes sur le fleuve Congo avec une princesse et c'est "Merveille dans une pirogue"  

Une autre encore, où des apprentis danseuses répètent inlassablement leurs exercices et c'est "Ballerine"

Finalement même si aucun micro n'est prévu, Babx nous propose  de chanter "Rime" de Nougaro, interprétation qu'il a délivré au public du théâtre la veille et qui fut selon moi un des moments forts de cet hommage. Il est en léger décalage voix et piano ce dernier se faisant dissonant lors du refrain: une superbe reprise plus mélancolique que la version originale.

Au rappel il chantera aussi un espèce de blues poisseux " Omaya part 3" tiré de l'album "Ascensions" de 2017. Superbe cheminement vers une issue fatale : C'est triste et beau.

Un moment magique dans un lieu d'exception.

  JazzMarc

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mardi 9 juillet 2024

Gabi Hartamm à Jazz à Vienne : OUF et bienvenue à la douceur et à la fraternité


 Le 7 juillet 2024 au Théâtre Antique de Vienne

OUF! c'est la clameur entendu dans le théâtre à 20 heures en attendant le début du spectacle à la prise de connaissance des résultats du 2eme tour des législatives que beaucoup surveillaient sur leurs portables.

OUF c'est aussi le cris du cœur de Gabi Hartamm lors de son entrée sur scène à 20 heures 30 qui avoue avoir eu peur et s'est dit soulagée et libérée avant de partager sa musique toute en douceur et pleinement ouverte au monde. 

Gabi Hartamm est une jeune chanteuse française, autrice-compositrice et guitariste de 31 ans dont les influences revendiquées sont le jazz, les musiques latines et la chanson.
Ouverte au monde;  elle le prouve en chantant en anglais, français, arabe et portugais. Elle à vécue quelques années au Brésil  aussi tout au long du concert  on l'a sent proche de cette langue et cette culture.

Son premier album éponyme sorti en 2023 a eu un très grand succès. Il faut dire qu'outre son talent elle a su très bien s'entourer. Le grand Jesse Harris auteur, compositeur, guitariste et producteur y a largement participé. Lui qui avait déjà travaillé avec des Norah Jones, Madeleine Peyroux ou autre Melody Gardot.
"Don't know why" c'est lui !

Ce soir elle déroule les chansons de ce premier album avec pour commencer "Lullaby" et "Buzzing bee"et celles de son EP sorti récemment "little song lines".

De cet Ep je retiens surtout la très belle ballade "Milles rivages " composé elle aussi avec Jesse Harris,  et la reprise de la regretté Lhasa "Is anything Wrong".
Sur le morceau "l'amour incompris" c'est elle qui chante le couplet en arabe qui est interprété en duo avec Ghandi Adam sur l'enregistrement studio.

Il y a un an j'avais assisté à son concert au festival de Marciac dans une salle plus intimiste de 500 places, qui sied davantage à l'ambiance feutré que dégage ses concerts me semble t'il. Depuis elle a gagné en assurance et en professionnalisme; son groupe, lui, s'est agrémenté d'un souffleur de talent Robby Marshall (clarinette, saxophone, flute traversière...).

La chanson qui gagne tous les suffrages du public à chaque fois c'est "la mer" qui n'est absolument pas une bluette mais un cri contre la mort de migrants en méditerranée et notre inaction.

"La mer qu'on voit danser À des reflets de sang Des corps de naufragés Dans l'oubli, chavirant
..."
  
Un cri qu'elle poussera encore nous a t'elle confié tant que ces drames continueront.

C'est une artiste sincère tout en délicatesse qui montre aussi toute sa fantaisie avec des morceaux plus enlevés comme "Samba de la terre" ou "maladie d'amour"    

On la retrouvera plus tard dans la soirée comme invitée pour l'hommage à Claude Nougaro, mais c'est une autre histoire.  

JazzMarc

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 Gabi Hartmann (chant, guitare)
 Robby Marshall (clarinette, saxophone)
 Abdoulaye Kouyate (guitare)
 Florian Robin (piano)
 Elaine Beaumont (contrebasse)
 Bruno Marmey (percussions)

samedi 6 juillet 2024

Stracho Temelkovski Trio au Musée Gallo Romain pour Jazz à Vienne


Le jeudi 4 juillet 2024 au Musée Gallo Romain de Saint Romain en Gal 

La grande tente déployée sur la pelouse du musée Gallo Romain s'est transformée en tente berbère  le temps d'un concert. Stracho Temelkovski en trio y déploie pour notre plus grand plaisir son univers métissé, mêlant l'Orient, les Balkans, l'Europe et d'autres contrées imaginaires.

Originaire de Macédoine ce passionné de musique est devenu au fil des années multi-instrumentiste partageant sa passion de la musique et des sonorités du monde. Cet après midi il en trio avec ses complices de longue date  Jean-François Baez, à l'accordéon et  Ashraf Sharif Khan  au Sitar

On commence par s'accorder, Stracho nous glisse au passage que si on commençait tous par là nous aurions moins d'embrouille.

Et nous voilà parti en voyage sur un tapis volant vers un orient fantasmé, nostalgiques d'une fraternité entre les peuples portée par une musique cosmopolite à laquelle Stracho veut encore croire.

Stracho Temelkovski commence par une ligne de basse sur laquelle tout va s'appuyer. Pour sa part il va assurer aussi tout au long du concert les percussions avec sa voix ou ses instruments. 

La constitution d'un groupe composé d'un sitar d'un accordéon et d'une basse n'est pas tout à fait intuitif chaque instrument trimbalant des stéréotypes tellement différents. Et pourtant il s'accordent merveilleusement bien. Y a t'il dans une leçon à retenir de cet assemblage ? 

Stracho m'étonne toujours dans sa gourmandise à jouer de plusieurs instrument à la fois c'est le seul que j'ai vu percuter d'une main les cordes de sa basse et de l'autre les peaux de ses tambours .. avec brio.

On ne peut que s’enthousiasmer de la richesse qu'apporte la fusion des cultures à l'heure ou certains voudrait revenir à une France bien blanche avec béret et tablier d'écolier qui bien heureusement n’existe pas

Il est en résidence à jazz à Vienne cette année aussi il sera présent sur d'autres scènes alors n'hésitez pas.

JazzMarc
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Stracho Temelkovski : guitariste / basse / viola / percussions
Jean-François Baez,: accordéon
Ashraf Sharif Khan  : Sitar

mercredi 12 juin 2024

Le trio David Bressat à Saint-Fons pour French connection Vol.3

Photo: Jean-Pierre Jacquot

Le  vendredi 7 juin 2024 à la médiathèque de Saint-Fons

C'est dans une "bulle de jazz" à Saint-Fons que se produit ce soir le trio de David Bressat à l'occasion de la sortie de l'album "French connection Volume 3". Les bulles de jazz ont a été imaginées par les organisateurs du festival de Jazz et l'école de musique de Sant-Fons pour continuer à  accueillir des artistes de jazz pendant la fermeture pour travaux du Théâtre Jean-Marais, où se tient habituellement le festival.

La bulle du soir est hébergée à la médiathèque dans une salle parfaitement bien sonorisée pour la mise en valeur d'un trio de haute volée. David Bressat pianiste et compositeur est un artiste basé dans la région dont la notoriété a dépassé depuis longtemps le territoire nationale.
Ce soir il présente la suite d'un projet qu'il a débuté en 2008 avec le premier volume de la série où il revisite de grandes chansons du répertoire populaires français pour les transformer en standards de jazz contemporain.

L'exercice est assez ludique au départ on reconnait assez facilement le thème. La composition ayant été cependant reprise du sol au plafond on est rapidement happé par les cheminements et les arrangements audacieux du trio. Nous voilà en excellente compagnie d'un pure trio de jazz contemporain magnifiée par une rythmique au cordeau avec Charles Clayette à la batterie et Thomas Belin à la contrebasse; chacun se lançant à son tour dans des envolés en solos propices à la délectation. .

Ce troisième opus nous permet d'entendre, entre autre, leurs versions de "la bohème" de Charles Aznavour, "c'est si bon" chanté par Yves Montand, ou "la belle vie" de Sacha Distel, c'est deux derniers titres ayant été déjà repris outre atlantique pour devenir là-bas des standards de Jazz.
Sur la pochette de l'album David Bressat rédige d'ailleurs un texte qui donne le ton, me semble t'il de l'esprit de l'artiste, dans cet exercice de style. Il se présente comme un extrait d'un polar qui se passerait dans un club de jazz américain où tout les titres sont cités au fil du récit  et évoque  les liens entre les chansons françaises et les standard de jazz internationaux: "French connection".

Sur ce dernier volume David Bressat intègre, comme à son habitude, quelques unes de ses compositions et reprend également une composition d'Eric Satie ce qui vient encore confirmer l'étendu de son talent.

Pour le rappel le trio reprendra " Les feuilles mortes" de Joseph Kosma, chanson présente dans le premier volume de French Connection; standard ultra plébiscité par les musiciens de jazz de tous les continents.
Ils invitent à les rejoindre pour l'occasion la chanteuse  Catali Antonini bien connue de la scène jazz qui se trouve être aussi très impliquées dans l'école de musique de Saint-Fons. Elle nous offre un beau moment de lâché prise avec ses vocalises sur le thème et une très belle façon de terminer ce set .

Surveillez notre agenda le Trio David Bressat va poursuivre sa tournée de présentation de l'album avec des dates sur Paris mais aussi à Saint-Étienne et bientôt de retour à Lyon.

JazzMarc
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