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| Photo: JF Viaud |
Deuxième hommage pour le centenaire de Miles Davis ce soir à Jazz à Vienne. Cette fois, c’est le retour à la scène du trompettiste qui est célébré avec l’album live We Want Miles de 1981. C’est aussi l’année de la première édition du festival, dans lequel la légende du jazz passera pour la première fois trois ans plus tard en 1984.
Regroupé sous le nom ou l’initiative de Marcus Miller qui a beaucoup travailler avec le maître, on retrouve également la majorité des vieux lions qui ont joué avec Miles Davis à l’époque où ils étaient des jeunes loups. Bill Evans aux saxophones, Mike Stern à la guitare et Mino Cinelu aux percussions composent le groupe de vétérans. Seul Al Foster, qui est décédé il y a un an manque à l’appel. Celui qui a joué avec Miles Davis jusqu’à la première retraite du trompettiste de 1975 est le seul compagnon à être présent au retour de 1981. Se joignent à eux de jeunes musiciens pour compléter la formation avec Brett Williams aux claviers et Anwar Marshall à la batterie. Le rôle et l’incarnation du maître incombe à Russell Gunn avec un son de trompette troublant car il est très « davisien ».
Russel Gunn fait des apparitions tout au long du set pour prendre des solos puis s’efface pour laisser les autres musiciens s’exprimer. Il incarne la mémoire de Miles Davis avec un son très proche du trompettiste originaire de l’Illinois. Comme pour les précédents hommages orchestrés par Marcus Miller, on a l’impression que l’âme de Miles Davis, qui a marqué le festival, plane sur l’amphithéâtre.
Le début du concert est particulièrement émouvant avec en voix off, celle du trompettiste qui est passé quatre fois sur cette scène. Le jeu de la trompette, les rythmes posés par les percussions et la batterie et les effets sonores aux claviers font monter l’émotion et les poils sur les bras ! Et cela démarre comme à l’époque de Miles Davis sur les chapeaux de roues avec un groove et un drive d’enfer. Le trompettiste fait le lien entre les autres musiciens comme le faisait le maître. Les dialogues sur le thème commencent entre la guitare et la trompette.
Un deuxième morceau démarre en douceur pour s’emballer avec des musiciens qui lâchent ensuite les chevaux ! Le public connaisseur de la construction des thèmes par le trompettiste historique réagit avec enthousiasme. Chaque instrumentiste se lance à fond dans le groove, tous trouvent un espace personnel d’expression comme le faisait Miles Davis en mettant en avant l’un ou l’autre de ses partenaires. Russell Gunn joue très bien son rôle et relance le thème. Il est repris par la guitare rock puis les percussions prennent le relais tandis que le saxophone soprano fait un retour au thème les claviers électriques ajoutent une touche rock en échos à la guitare. La basse et la batterie assurent un rythme robuste sur lequel l’envolée de tous les solos est possible. Comme sur le live We Want Miles, l’espace d’un instant le percussionniste lance un magnifique solo qui se termine en duo avec le batteur comme sur l’album.
On revient au calme avec un blues également joué sur l’album live. Honneur au leader de la soirée avec une intro et des solos à la basse. Le bassiste interprète le thème et le rythme à la fois. Alternativement, après plusieurs break c’est le retour à la mélodie de ce blues.
Il faut noter que le son est excellent ce soir. Les réglages sont à la fois puissants et clairs. La musique se situe dans le registre du jazz-rock mais toutes les sonorités sont précises et détachées. Dans un excellent français, le bassiste présente les trois premiers titres qui sont issus de l’album live We Want Miles. Il indique que le premier est Aïda, nom que l’on retrouve en fait sur l’album The Man With The Horn et qui est repris sur l’album live mais qui pourrait être renommé Fast Time. Le second est Fast Track sur lequel Mino Cinelu a repris son fameux solo de percussions. Le troisième est My Man's Gone Now de DuBose Heyward et George Gershwin qui est interprété sur un air de blues.
Le leader nous propose ensuite de rester dans les années 80’ avec deux titres qui ne font pas partie de l’album mais qui sont dans l’esprit de cette époque. Ce sont deux morceaux que Marcus Miller a composé pour Miles Davis. Catembe fait partie d’Amandla, album très influencé par la musique africaine et la musique antillaise de Kassav’. Les percussions et la batterie le retranscrivent bien à travers le rythme. Avec la trompette de Russell Gunn l’âme de Miles Davis plane à nouveau au-dessus de la scène. Toujours issu d’Amandla ils poursuivent avec Hannibal. L’introduction à la basse et aux percussions avec la mélodie sur les claviers nous replonge dans la mémoire des concerts des années 80’. Le thème interprété avec des notes longues par la trompette donne le son feutré et aigu de l’époque.
Le bassiste nous projette ensuite un peu plus loin vers les années 70’ avec un mélange de In A Silent Away et de Bitches Brew. Il nous fait remonter jusqu’à la période modale et la période de la création du jazz-rock. Le côté planant du premier thème est porté par la guitare, les percussions et la batterie. La mélodie envoutante est reprise par le saxophone soprano et la clarinette basse. Les claviers ajoutent des effets, tandis que le batteurs soutien le rythme dans un son feutré aux mailloches. Tout s’emballe lors du passage à Bitches Brew avec un thème très soutenu par la trompette et le saxophone soprano.
Pour terminer la soirée, Marcus Miller présente une mélodie facile et entêtante que Miles Davis aimait beaucoup et qu’il avait retravaillé. Le bassiste entraîne le public à taper dans les mains et fredonner la mélodie de Jean-Pierre. Le thème passe de la trompette au saxophone soprano puis à la guitare. Celle-ci sort du thème pour un long solo accompagné par les cymbales de la batterie et le saxophone soprano qui se termine par une standing ovation du public déchaîné.
C’est avec la composition du bassiste Tutu que le groupe accorde un rappel. Sur une rythmique puissante de la batterie et de la basse, le thème est repris par la trompette et le saxophone ténor avec des effets sonores du clavier. Les vieux lions sont de toute évidence heureux de rejouer ensemble et de retrouver leur jeunesse auprès de Miles Davis. Ce set aura fait le lien entre la période électrique des années 70’, la reprise de 1981 avec We Want Miles et les dix années suivantes un peu plus pop et variétés. Le public est décidément conquis et l’on peut affirmer avec un amphithéâtre plein à craquer que depuis toutes ces années après la disparition du Maestro, NOUS VOULONS (ENCORE ET TOUJOURS) MILES !
Setlist :
| Photo: JC Viaud |
Aïda
Fast Track
My Man's Gone Now
Catembe
Hannibal
In A Silent Away
Bitches Brew.
Jean-Pierre
Tutu
Line-up :
Marcus Miller (basse,
clarinette basse) / Bill Evans (saxophones) / Mike Stern (guitare) / Mino Cinelu (percussions) / Russell Gunn (trompette)
JazzFrançois Viaud










