Sans la musique, la vie serait une erreur. (F. Nietzsche)


lundi 13 juillet 2026

Jazzà Vienne 2026 : Maria Schneider & Clasijazz big band feat. Antonio Lizana Focus Espagne

Photo: JF Viaud
 C’est sur une introduction délicate aux percussions comme des piaillements d’oiseaux avec le souffle léger des cuivres et des bois que démarre ce concert du Clasijazz Big Band. Il est composé de musiciennes et musiciens espagnols avec Antonio Lizana en invité spécial et dirigé par Maria Schneider. Ce groupe fait partie des artistes du pays invité de cette édition. Nous ne sommes pas nombreux dans l’amphithéâtre, cela devient la norme pour une soirée purement jazz et c’est particulièrement décevant pour la qualité musicale des trois sets de la soirée, dont celui-ci et le deuxième.

La chef d’orchestre a commencé l’étude de la musique classique avec la pianiste Evelyn Butler, puis poursuivit sa formation de la composition avec Bob Brookmeyer, signe ses premiers arrangements pour Mel Lewis et devient ensuite l’assistante de Gil Evans. Elle mène ce soir la formation de main de maître dans un gant de velours ou de dentelle.

L’émotion est partagée ce soir avec le soliste principal, Antonio Lizana qui alterne chant flamenco et saxophone alto. On parle beaucoup de ce jeune prodige qui est à l’affiche de nombreuses collaborations musicales cet été. Son chant est doux et peu enflammé, seulement vers les derniers morceaux son chant monte en puissance. Un échange avec l’accordéoniste sur un air inspiré du tango où se mêle le chant flamenco donne un mélange de sonorités latines. Sur un autre duo l’accordéoniste s’accompagne en sifflotant tout en jouant dans un registre aigu, accompagné par la clarinette contrebasse. Nous sommes suspendus comme en apesanteur dans une sensation de douceur.

La section de cuivre est composée de cinq trompettistes et buglistes, quatre trombonistes plus les flûtes. Il faut ajouter pour les soufflants cinq saxophonistes toutes tessitures confondues, plus l’invité à l’alto et les clarinettistes. Une telle richesse de variété des sons dans une section de cuivres et de bois et rare. Cette formation dont le nom est Clasijazz Big Band, nous fait également penser à la qualité d’un orchestre symphonique. Nous en profitons avec gourmandise quand la puissance délicate emporte le thème interprété. Certains passages font penser à une musique de film. Cette richesse sonore nous permet d’apprécier plusieurs solos ; de saxophone alto, de ténor, de baryton, de bugle, de trompette, de trombone. Tous aussi virtuoses les uns que les autres.

Tout aussi fine mais bien présente la section rythmique soutien cet édifice avec constance. La batterie n’est jamais trop forte et souvent délicate avec un jeu de cymbales et parfois de mailloches sur les tambours. Elle est augmentée de deux cajons pour les percussions qui s’accordent parfaitement au chant flamenco. Le rythme de la contrebasse est également un soutien précieux de la section qui prend un solo délicat. Tout aussi discret mais essentiels la guitare et le piano contribuent à la rythmique et sont bien présent au démarrage de titre avec une introduction chacun.

Le concert se termine sur un chant flamenco sur lequel le chanteur s’accompagne au saxophone soprano. Le mélange est surprenant avec la douceur du soprano qui semble être une extension de la voix flamenca énergique. Les cuivres et les bois viennent soutenir cette sensation. Nous ne pouvons pas en rester là devant une standing ovation du public conquis. Les musiciens reviennent pour un rappel généreux. Cette fois le chanteur interprète sa chanson en anglais et la magie reprend avec la section des instruments à vent qui enveloppent de douceur et de sons veloutés son chant.

Nous sommes invités à un voyage dans la délicatesse et le raffinement ce soir. Ce n’est pas seulement le jazz et le classique qui sont mêlés, il y aussi l’influence du flamenco et du tango. Soit, la grande musique et trois genres puisant dans l’improvisation. Et la présence d’un Big Band sur scène est toujours un ravissement, surtout quand la douceur est l’alliée de la puissance. Notre plaisir ce soir se situe à la rencontre du duende et du feeling, mots difficilement traduisibles, mais qui pour le flamenco et le jazz et le blues signifient que l’on est transporté par l’émotion.

JazzFrançois Viaud  

Line-up :
Maria Schneider (direction musicale)/Antonio Lizana (saxophone alto, voix)
Philippe Thuriot (accordéon)
Irene Reig (saxophone soprano, saxophone alto, clarinette, flûte traversière)
Tete Leal (saxophone soprano, saxophone alto, piccolo, flûte traversière, flûte alto)
Pedro Cortejosa (saxophone soprano, saxophone ténor, clarinette, flûte traversière)
Enrique Oliver (saxophone ténor)
Francisco “Latino” Blanco (saxophone baryton, clarinette, clarinette basse, flûte traversière)
Joan Mar Sauqué (trompette)
Bruno Calvo (trompette)
Pep Garau (trompette)
Voro García (trompette)
Julian Sanchez (trompette)
Tomeu Garcías (trombone)
Miguel Moisés (trombone)
Pedro Pastor (trombone)
Jose Diego Sarabia (trombone)
Jaume Llombart (guitare)
Daahoud Salim (piano)
Pablo Mazuecos (piano)
Bori Albero (contrebasse)
Carlos Cortés (cajón, percussions)
Vincent Thomas (cajón, percussions)
Andreu Pitarch (batterie)


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