Le mardi 13 octobre théâtre de la renaissance d’Oullins Pierre-Bénite
Avec Le Lac, la comédie musicale du The Very Big Experimental Toubifri Orchestra, alias le Toubifri, nous voilà amené à se jeter à l’eau. Cela ne leur fait pas peur, eux qui ont déjà à plusieurs reprises mouillé le maillot avec leurs productions et leurs créations ! Mais cette fois ils mettent le paquet pour passer à la vitesse supérieure.
Une comédie musicale est généralement composée de comédie, de théâtre et parfois de danse, mais aussi de musique et de chant. Notre Big Band régional nous propose sa musique avec les musiciennes et les musiciens habituels du collectif. Ils sont augmentés de sept chanteuses et chanteurs. Les vocalistes jouent la comédie sur scène et de manière théâtrale. Parmi les sept voix il y a un ténor, un baryton, une basse et des mezzos. Cette variété de tessitures donne un caractère d’Opéra à cette partie vocale.
Les acteurs-chanteurs incarnent un pêcheur, deux cygnes, trois randonneurs-nageurs venus pique-niquer et une représentante de l’autorité, incarnée par la police. Ils vont tous évoluer autour du personnage principal, le lac. L’autorité, le maire de la commune qui est simplement évoqué, a interdit la baignade. Cet événement, va être le point de départ de la narration. Le contexte du lac semble être un prétexte. Tout autre environnement aurait pu servir de décor pour développer le thème de l’interdit, de la Loi, de ce qui est légal et de ce qui est moral.
Les voix vont prendre des solos tour à tour à la façon du chant lyrique. Lorsqu’une chanteuse ou un chanteur est soliste, les autres les accompagnent comme choristes. Les différents types de voix associées aux différents personnages donnent de l’amplitude et de la profondeur à la narration. La section des cuivres avec les trompettes, le trombone et les sousaphone ainsi que les bois avec les différents saxophones et clarinettes, se mêle aux voix pour dialoguer avec elles. Le métallophone, la flûte et les claviers apportent des effets musicaux. La section rythmique, composée du métallophone, de la contrebasse, du clavier, de la batterie et des percussions, ponctue le récit des voix. L’ensemble musical nous fait voyager d’une ambiance de musique de film en passant par des influences de free jazz, par des vocalises sur un rythme de rap, le tout avec la puissance et l’harmonie de la musique symphonique.
Le spectacle est complet. Les costumes sont bariolés, colorés et humoristiques avec les formes des corps dessinées comme des caricatures. Les visages des chanteurs sont très expressifs. L’interdiction de baignade va provoquer toutes sortes de réactions de la part des protagonistes. Depuis la stupéfaction, en passant par le dépit, par la rébellion, par une ode au lac, par la colère, par la tentative de conciliation et enfin par la révolte. L’autorité est parodiée, avec les musiciens et les chanteurs qui portent le même masque comme pour la diluer et lui faire perdre son identité.
Alors que l’écoute de l’album Le Lac n’est pas évidente et peut paraître ardue. Sans doute parce qu’il y a les voix lyriques et qu’il n’est pas facile de suivre le récit. Par contre, le spectacle complet avec la musique, le chant et surtout le jeu des acteurs donne toute sa dimension à la narration. On voit que sous cette histoire autour d’un lac qui peut sembler simple, se cache la question de l’interdit et de la légitimité. Le Toubifri nous surprend à nouveau et monte d’un cran vers le spectacle intégral avec une véritable mise en scène, une mise en lumière et une prise de son de très grande qualité. L’enchantement est complet, nous sommes ravis et conquis par ce nouveau spectacle. Le Toubifri nous bouscule encore plus loin hors de notre zone de confort et dans nos certitudes. N’est-ce pas la vocation des artistes ?! Ce soir au théâtre de la renaissance d’Oullins Pierre-Bénite, cette première du Lac est une réussite.
JazzFrançois Viaud
Mise en scène Céline Champinot
Livret, composition Maud Chapoutier, Aloïs Benoit, Lucas Hercberg
Regard extérieur Maud Chapoutier
Direction musicale Aloïs Benoit, Lucas Hercberg
Scénographie Emilie Roy
Costumes Antonin Fassio
Lumières Elsa Sanchez
Régie générale Romain Bouez
Régie lumière Ophélie Sire, Johanna Moaligou
Régie son Franck “Choko” Rivoire, Duncan Dumoulin
Régie plateau Martin Legros
Administration Sophie Blondeau
Production, diffusion Benjamin Pelfrène
Avec Lou Rivaille, Fanny Lhéritier, Majdouline Zerari, Anne Davienne, Remy Poulakis, Pierre Barret-Mémy, Etienne Chevallier voix, Mathilde Bouillot flûtes, Laurent Vichard clarinettes, Damien Sabatier, Benjamin Nid, Thibaut Fontana, Yannick Narejos, Stéphanie Aurières saxophones, Félicien Bouchot, Emmanuelle Legros, Yannick Pirri trompette, bugle, Aloïs Benoît trombone, euphonium, Grégory Julliard trombone, tuba, François Mignot guitares, Mélissa Achiardi vibraphone, Matthieu Naulleau claviers, Lucas Hercberg basse, contrebasse, Corentin Quemener batterie, percussions, Lionel Aubernon percussions, synthétiseurs.
Production : La Grande expérimentale. Coproduction : Théâtre de La Renaissance – Oullins-Pierre-Bénite, Opéra national de Lyon, Théâtre Durance Scène nationale, Les Grandes Voisines. Soutien : Drac Auvergne-Rhône-Alpes, Région Auvergne-Rhône Alpes, ville de Lyon, Spedidam, CNM, Adami, Sacem.
The Very Big Experimental Toubifri Orchestra est artiste Génération Spedidam Jazz 26-28.
